Juillet 1944, le long exode sur les routes de l’Orne

temoignage queruel 2En juin 1940, il guettait les Allemands par la route de Caen, ils sont arrivés par la Bretagne ; en juin 1944, il attendait les Anglais encore par le nord, et ils sont arrivés par l’ouest. Mais Pierre Queruel n’était plus là, chassé de Villers-Bocage avec sa famille par les terribles bombardements alliés, puis évacués sur ordre des Allemands… Tous les droits de l’auteur des textes et des photographies sont réservés. Toute reproduction ou utilisation des œuvres, autre que privée ou à fin de consultation individuelle sont interdites, sauf autorisation. (English version, click on the flag)

La défaite et l’occupation On savait qu’ils allaient arriver quand on a vu les raffineries du Havre brûler, on voyait la colonne de fumée depuis Villers-Bocage. On les attendait par la route de Caen, et ils sont arrivé par le bas du bourg, par la Bretagne, ils avaient encerclé la Normandie. Avant, on avait vu descendre les Belges, les Anglais, puis les Français, tout le monde se sauvait. J’ai un oncle qui venait des Ardennes, son capitaine lui a dit : «vous n’habitez pas loin d’ici, rentrez chez vous ! », il habitait près de Vire, il est resté à la maison, il n’a pas été fait prisonnier. Les Allemands étaient bien habillés, impeccables, disciplinés, ils marchaient au pas en rangs, ils chantaient « Heili, heilo ! », ils avaient beaucoup de matériel, c’était autre chose que l’armée française. Ils ont occupé l’école, les douches, les bâtiments publics… La troupe logeait dans les bâtiments publics, et les officiers chez l’habitant. Des officiers allemands sont venus visiter les maisons avec le maire. Nous avions une maison avec deux étages, au premier c’était nos chambres, le deuxième servait de grenier de réserve, ça n’était pas assez bien pour eux ils n’ont pas voulu loger chez nous. A côté il y avait un agent d’assurance, ils ont logé un officier, la bonne cirait les bottes. Le maire et les instituteurs ont cherché d’autres locaux pour l’école, comme la maison de retraite, la salle de mariage à la mairie, le dispensaire… On était dispersé. J’étais en fin d’études, le maire a proposé de s’installer dans la salle paroissiale du curé ; quand on est arrivé le maître a voulu faire enlever le crucifix, le curé a refusé, on est parti ailleurs. Les Allemands avaient une discipline de fer. Sur la place, dans la halle aux Rats, il y avait un régiment d’artillerie, ils sortaient les canons tous les jours pour les nettoyer. On était toujours à traîner autour d’eux. Mes parents n’étaient pas germanophiles. On écoutait la radio, c’était interdit et les postes ont été ramassés en 1943. Les gens montaient des postes à galène, ils branchaient ça sur le téléphone. Mon père était épicier, ma mère tenait le magasin ; mon père travaillait à côté, il faisait du charbon de bois pour les gazogènes, les camions roulaient au gazogène. Mais pendant la guerre l’épicerie, c’était moyen. Il travaillait pour un négociant en charbon de bois ; il avait avec lui deux jeunes gens qui étaient requis pour travailler en Allemagne, et qui se cachaient. Sur la place, il y avait une grande statue de Richard Lenoir, l’entreprise Todt est venue enlever la statue, il récupérait le bronze pour faire des canons, un employé a eu la main écrasée par la statue. Les résistants ont fait sauter un train de permissionnaires allemands entre Lisieux et Caen à deux reprises, à partir de ce moment, il a fallu monter la garde sur les voies ferrées. Tous les hommes des pays ont été réquisitionnés à tour de rôle pour garder les voies entre Cherbourg et Paris. Tous les soirs, vers sept ou huit heures un camion ramassait les hommes dans les communes, à tour de rôle, sans armes sous la direction des Allemands. Ils emmenaient du calva, et ils revenaient tous « pompettes ». Il y avait quelques résistants dans le canton, six ou sept. À la gare, il y avait un chef de gare français et un chef de gare allemand, une secrétaire de mairie française et une secrétaire allemande, la gendarmerie française et la gendarmerie allemande, tout était doublé. Un jour, l’officier allemand, qui travaillait avec elle, dit à la secrétaire de mairie française : « Madame Marguerite, je quitte Villers-Bocage, et je vous avertis que mon remplaçant ne sera peut-être pas aussi gentil que moi ! », c’était pour lui faire comprendre de se méfier ; il avait du s’apercevoir qu’elle donnait des tickets aux résistants. Elle a fini par se faire arrêter et elle a été déportée en camp de concentration.

Résistance, déportation, arrestations Dans notre pays, on l’a su après, l’agent d’assurance, un marchand de grain, le secrétaire de mairie, le châtelain, et l’électricien faisaient partie du réseau de résistance. On pensait même que l’électricien était un collaborateur, vu qu’il était toujours fourré avec les Allemands, qui l’ont fusillé après. On se méfiait de tout le monde. Un jour, j’ai fait une chose, j’ai volé la paye d’un soldat allemand. Les Allemands avaient quartier libre à cinq heures du soir, ils venaient à l’épicerie, je les ai vus plusieurs fois. Une fois, je me baladais dans le bourg avec un copain, on voit trois ou quatre Allemands sortir d’un magasin, on les suit et à un moment l’un d’eux fouille ses poches et quelque chose tombe ; il avait perdu sa solde en monnaie d’occupation allemande. On l’a ramassée, on s’est acheté des bonbons, des pétards à bouchon, et un furet pour aller à la chasse. On allait en campagne et on rattrapait des lapins. On a même été chasser dans les bois du château, le garde chasse nous avait vu avec ses jumelles, et on a juste eu le temps de ramasser le furet et de se sauver. Mes parents n’ont rien su, mon copain avait une petite ferme et l’on mettait le furet dans un clapier près des lapins. Il y avait des restrictions, en campagne on avait le beurre, le fromage, le pain plus facilement, des propriétaires abattaient des animaux, on donnait nos lapins aux petites grandes mères qui n’avaient rien. Sur la place, il y avait de grosses charrettes pour transporter le grain – des charrettes à gerbe avec de grandes roues. On en avait transformé une en char d’assaut. On l’avait habillé avec des branches et des fils de fer, et on avait installé un gros tuyau de poêle pour le canon. J’ai acheté des pétards à corbeau, on les mettait dans le tuyau et on allumait la mèche, c’était la « petite guerre », les Allemands rigolaient. Au château de Villers logeaient des pilotes qui partaient bombarder l’Angleterre à partir de l’aérodrome de Carpiquet. Ils avaient leurs chauffeurs, quand ils revenaient de mission, ils passaient au-dessus de Villers et les chauffeurs partaient aussitôt les chercher à Caen. Une fois un avion allemand a été pourchassé par un Anglais et s’est écrasé derrière le château, on a été voir, on a vu les cadavres des pilotes allemands accrochés dans les arbres. En 1943, on voyait passer les forteresses volantes qui partaient bombarder l’Allemagne. Une fois, une forteresse en difficulté au retour d’une mission a atterri sur le ventre entre Villers et Amayé, les Allemands sont arrivés aussitôt, mais la résistance a eu le temps de récupérer les treize aviateurs et les a cachés dans une ferme. Ils voulaient passer en Espagne. Le gars qui les a ramassés a fini fusillé. Les Allemands ont démonté la forteresse en morceaux et l’ont embarqué a la gare de Villers sur des wagons, nous on y était et ils voulaient nous faire croire que c’était un avion allemand. Le châtelain, qui avait hébergé les aviateurs a été arrêté par la gestapo, son jardinier les a vus arriver en traction noire, il l’a prévenu mais le châtelain ne l’a pas écouté et a été emmené, on ne l’a jamais revu. Notre électricien de Villers qui faisait de la résistance faisait transporter les messages à Bayeux par son apprenti, un gamin, les messages étaient cachés dans le guidon du vélo, une fois il a même transporté un poste émetteur d’une ferme à l’autre sans le savoir. En 1943 un matin, la Gestapo et des Français ont arrêté six résistants, ils ont été fusillés à la prison de Caen au moment du Débarquement, les corps n’ont jamais été retrouvés. Il y avait une gare importante à Villers-Bocage, et un important marché aux bestiaux. ; une ville avec environ 1500 habitants, Tous les mercredis, un ou deux trains partaient pour les abattoirs de La Villette à Paris, les Allemands se servaient sur les quais, ils embarquaient leurs matériels et partaient pour le front russe. On allait assister à tout ça. Ils n’aimaient pas les Russes – russki -, leurs copines françaises venaient les voir à l’entrée de la gare. Je n’en ai pas vu, mais je crois qu’une ou deux ont été tondues à la Libération. Mais beaucoup sont parties au moment du Débarquement et ne sont jamais revenues.

Mardi 6 juin 1944, c’est le Débarquement, nous attendions l’arrivée des Anglais C’était une journée apparemment normale, sauf un bruit lointain qui nous avait réveillé vers six heures du matin, comme un roulement de tonnerre continu. Dans les jours précédents, on avait vu voler beaucoup d’avions anglais. Mais il n’y avait plus d’Allemand à Villers-Bocage. Un dimanche, ils étaient venus mitrailler notre château d’eau, ils l’avaient transformé en écumoire, l’eau coulait de partout, pour rien, les Allemands étaient ailleurs. Au château des Clermont-Tonnerre, il y avait des ingénieurs allemands en pension, ils étudiaient le terrain pour installer des bases de V1 et de V2. Au moment du Débarque-ment, ils étaient encore à Villers-Bocage, mais ils sont partis le matin même. Le châtelain m’a raconté qu’avant de partir il leur avait dit adieu, mais eux ont répondu : « détrompez vous Monsieur, au revoir, nous reviendrons, avec nos fusées nous allons gagner la guerre ! ». On s’est levé comme d’habitude pour prendre le petit déjeuner et on est parti à l’école pour neuf heures. J’avais passé mon certificat d’étude huit jours auparavant. L’école se trouvait place de la mairie dans l’hôtel de ville depuis 1940 ; les bâtiments scolaires entre la route de Vire et la route d’Aunay-sur-Odon étaient occupés par l’armée allemande. Sur le chemin tout était calme, avec toujours le bruit de la canonnade, à l’hôtel de ville notre classe de fin d’études garçons occupait la salle de mariage. Il y avait beaucoup d’effervescence à l’école, on parlait d’un débarquement sur la côte ; notre maître, monsieur Lerebourg, nous a rassemblé au bas de l’escalier pour la rentrée dans la classe, qui se trouvait au premier étage. Il a tenté de nous expliquer les événements en rapport avec ce roulement lointain vers la côte, et décidé de nous renvoyer chez nous ; quelques élèves ont demandé si on pouvait récupérer nos cartables restés en classe, le maître a refusé, nous signalant que d’ici quelques jours tout allait revenir à la normale. Hélas, plus tard j’ai regretté, parce que tous nos cartables ont brûlé avec l’hôtel de ville ; le mien, mon père me l’avait offert pour mon certificat d’études. Donc, retour à la maison. Dans la rue principale, toujours le calme, sans aucune activité militaire, heureux de ne pas avoir d’école mais tout de même un peu inquiet. Dans la matinée, avec le copain Paul Boutrois nous sommes allé aux nouvelles chez Monsieur Pottier, ancien marchand de croissants. Monsieur Pottier habitait à l’angle droit de la route d’Epinay face à l‘hôtel du Vieux puits qui correspond à l’heure actuelle au café de la Liberté, c’était place Richard Lenoir où nous habitions également. Le Débarquement était confirmé, nous attendions l’arrivée des Anglais, regardant vers le haut du bourg. Dans la matinée les chasseurs bombardiers ont surgi à basse altitude, l’un d’eux est passé très bas au dessus de nos têtes. Nous étions place Richard Lenoir, l’avion se dirigeait vers Villy-Bocage, nous, gamins, avions l’impression qu’il allait atterrir quelque part dans cette direction. Aussitôt, avec mon copain Paul, nous avons pris la direction de Villy. Pas d’avion en vue, nous avons poussé jusqu’à Fains mais nous sommes restés bredouilles, sans avoir rencontré ni Anglais, ni Allemand. Sagement nous sommes revenu à Villers auprès des parents inquiets. La fin d’après midi a été calme, le père est rentré de son travail à Saint-Louet-sur-Seulles. Il travaillait à la démolition d’une vielle maison pour récupérer les pierres (elle est toujours à l’heure actuelle en l’état du 6 juin 1944). Le père Queruel travaillait à la journée chez les particuliers pour des petits boulots : casser le bois, du jardinage, du batelage, et brûlage de charbon de bois… Maman tenait le magasin dans la journée. Et toujours ce grondement venant de la mer. Les parents, assez inquiets, nous faisaient des recommandations, nous étions trois enfants, une fille et deux garçons.

Mercredi 7 juin, les bombes sur Villers Le mercredi matin, pas d’école. Nous avons pris le petit déjeuner tous ensemble. Papa est reparti au travail chez monsieur Lerebourg, mon instituteur expulsé de l’école habitait rue Jeanne Bacon dans un pavillon. Dans la matinée, je suis reparti aux nouvelles chez les Pottier, de l‘angle de leur maison on avait vue sur la grande rue en enfilade, aussi bien vers Caen que vers Vire ; nous attendions toujours les Anglais par le haut du bourg. Beaucoup de rumeurs circulaient et toujours pas d’Anglais. Pendant ce temps, mon petit frère André était resté à la maison assis auprès de la cuisinière, tremblant de peur. Il y avait très peu de clients au magasin, le marché du mercredi n’ayant pas eu lieu. En début d’après midi, des soldats allemands remontaient vers le haut du bourg en file indienne, tous recouverts de branchages. L’après midi, je me trouvais dans notre cour derrière la maison, pour la première fois j’aperçus deux avions qui lâchaient des bombes, instinctivement j’avais courbé l’échine et enveloppe ma tête de mes deux bras et j’étais rentré à la maison en criant ; quelques secondes après, plusieurs explosions, ce fut un bruit effrayant. Les bombes lâchées au dessus de la maison explosaient sur la gare, à huit cent mètres de la maison, quelle frousse ! Peu de temps après le père était rentré de sa corvée de jardinage ; chez Monsieur Lerebourg tout le monde était inquiet. Le soir, vers cinq heures, ce fut l’apparition des premiers blindés allemands, venant du bas du bourg et remontant la rue principale jusqu’au niveau de la halle aux grains. Ils ont traversé la place Richard Lenoir, et sont passé juste devant notre magasin, ils ont filé vers la route de Saint-Louet-sur-Seulles. Du mercredi 7 juin au samedi 10 juin nous avons eu droit à ces convois en route vers le front. Le soir, on a dîné en famille, papa parlait de faire des réserves d’eau potable et de préparer quelques paquets, sur les conseils de Monsieur Lerebourg ; il avait du en être question pendant le jardinage.

Jeudi 8 juin, les blessés allemands Toujours le bruit de canon en direction de la mer. Papa était resté à la maison ; le petit frère était toujours mort de peur. Dans la matinée avec le copain Paul, nous avons repris notre faction chez Monsieur Pottier, des gens charmants. Après les nouvelles, vraies ou fausses – « les Anglais sont à Tilly ! » – nous étions allé à la gare constater les dégâts. La gare elle-même n’avait subi aucun dommage, nous avions avancé vers les quais d’embarquement direction Aunay-sur-Odon. Juste après la grue, la voie ferrée était détruite, les rails en tire bouchon et des trous de bombes sur le ballast. On avait vu passer des troupes allemandes à pied et en bicyclette, qui montaient au front, vers Bayeux, avec des feuillages pour se camoufler. Puis on avait vu des véhicules chenillés, ils sortaient à partir de cinq heures du soir, et ils roulaient toute la nuit pour être tranquille. Au début de l’après midi, je me trouvais sur la place Richard Lenoir quand une auto mitrailleuse allemande avait descendu le bourg et s’était arrêté à notre niveau, ils nous avaient demandé où se trouvait l’hôpital, l’officier était très nerveux, nous étions un peu gêné pour répondre, car Villers n’avait pas d’hôpital, je ne savais pas qu’au château des Clermont Tonnerre les Allemands avaient installé un hôpital depuis le 6 juin ; il y avait des moines chirurgiens et infirmiers, qui s’étaient engagés mais ne voulaient pas combattre ; l’hôpital était resté là presque un mois. Nous les avions envoyé à l’infirmerie de l’hospice ; l’officier nous avait demandé de monter pour leur montrer le chemin, c’était tout près. Nous avons assisté au transfert de deux blessés, dont un avec une plaie béante à la cuisse. C’était les premiers blessés que je voyais, je n’en demandais pas d’autres, j’étais rentré à la maison aussitôt. Dans le magasin, papa avait ramené l’ancien triporteur du garage au cas où il faudrait partir. Le soir, nouveau passage des convois allemands en direction de Saint-Louet.

Vendredi 9 juin, un carnage chez les Allemands Ce jour là, l’activité allemande était plus intense, des troupes à pied, en vélo, et toujours le bruit du canon. Mais ce fut une journée sans histoire. En fin d’après midi un convoi de chariots à quatre roues, tirés par des chevaux était passé devant le magasin venant de la route de Saint-Louet ; ils avaient traversé la place Richard Lenoir et descendaient la grand rue en direction d’Aunay-sur-Odon. Il y avait une grande boulangerie allemande pour le secteur dans le château de Villy Bocage, ils avaient dû recevoir l’ordre d’évacuer et de se replier vers l’arrière. Au passage, les soldats nous faisaient un signe de la main en nous disant « guerre finie ! » Le convoi était assez important. Peut être une demi heure après ce passage, des soldats allemands, installés sur le grand trottoir en face du café Vignot, avaient tiré au fusil mitrailleur, sans l’atteindre, sur un avion qui passait et se dirigeait vers la mer. Un moment après, nous avons entendu un bruit de mitraillage vers le sud, les avions avaient repéré le convoi hippomobile sur la route d’Aunay, ça avait été un vrai carnage, les chevaux affolés et blessés avaient remonté le bourg au triple galop, traînant derrière eux ce qui restait des chariots; le far West en débandade, les chevaux étaient repartis vers Villy. Une soirée inoubliable. Les Français avaient été requis pour enterrer ce qui restait, sur place. On se demandait comment ça allait finir, certains pensaient que les Anglais serait là en deux jours, il n’y avait qu’une vingtaine de kilomètres jusqu’à la côte ; le grand hôtel de Villers-Bocage avait même sorti le drapeau anglais le mercredi matin, ils l’avaient rentré en vitesse.

Samedi 10 juin, nouveau bombardement sur Villers , on décide de partir On sentait que le front se rapprochait, la vie du pays était complètement arrêtée, tout le monde restait chez soi et s’occupait des taches journalières. Chez nous, les préparatifs de chargement du triporteur étaient presque terminés (linge de change, café, sucre, draps). J’allais toujours aux nouvelles chez Pottier. Le samedi après midi, vers dix huit heures, la table pour le souper était servie, comme tous les soirs j’avais été chercher le lait chez Monsieur Baucher, un épicier sur la route de Caen au carrefour de la rue du marché. Maman mavait demandé d’aller chercher du cidre chez Monsieur Vignot, un cafetier sur la route de Saint-Louet. Au moment où j’arrivais à la porte de notre magasin pour sortir dans la rue, avec mes quatre litres dans un panier métallique, une violente déflagration s’était produit, aussitôt j’avais fais demi tour et j’étais revenu dans la cuisine, de nouvelles déflagrations et j’avais vu les carreaux voler en éclats ; j’avais vu la vaisselle sur la table, balayée comme un fétu de paille. Je m’étais réfugié dans la cage d’escalier, maman avec mon petit frère s’étaient abrités derrière un mur, mon père avec ma sœur a un autre endroit derrière un autre mur. Enfin les déflagrations s’étaient arrêtées. Une désolation, de la poussière, nous avions inspecté la maison, le rez-de-chaussée, puis les étages, plus de fenêtre et des pierres partout. Dans la rue les gens commençaient à sortir. J’entendais un homme sur la place, qui criait en demandant des pelles et des pioches. Avec papa nous nous étions dirigé vers le sinistre, c’était juste derrière chez nous sur la route de Saint-Louet, actuellement au niveau de chez Monsieur Meuriot. La route était coupée par un énorme entonnoir de bombe. La maison de Monsieur Even, tout près, était détruite ; les enfants Even, cachés dessous les tonneaux dans leur cellier étaient indemnes. On avait demandé des pelles et des pioches pour les dégager. Il y avait une Volkswagen allemande, avec des officiers, qui s’était abritée sous un marron-nier, l’arbre avait été haché par les éclats, eux étaient sortis de la voiture couverts de poussière mais indemnes. Les Allemands étaient venus reboucher la route, c’était un passage pour les colonnes pour aller sur Juvigny-sur-Seulles et Tilly-sur-Seulles. Après quelques instants sur place, nous étions revenu à la maison retrouver maman, mon frère et ma sœur. Papa avait décidé de partir et de quitter Villers pour se réfugier en campagne le soir même. Nous avions prévu un point de chute au village de Gournay, à Villy-Bocage chez des amis. La route de Saint-Louet était coupée et impraticable, papa avait décidé de se rendre à Anctoville, au village du Biéville chez d’autres amis. Vers huit heures, avec le triporteur, nous étions partis, on avait emmené Madame Hardy dont le mari était prisonnier en Allemagne. Une autre voisine – Madame veuve Huet – était en pleurs, elle était désolée de rester toute seule, à cause de son âge elle ne pouvait pas se déplacer ; pourtant nous l’aimions bien cette grand mère. Elle fut accueillie au château de Villers, où il y avait la Croix-Rouge. Nous avons évacué par la rue Saint-Martin, une rue parallèle à la route nationale qui descendait le bourg, direction Anctoville via le moulin de Villers. Nous avons rencontré notre docteur, tout surpris de nous voir quitter Villers. Nous sommes passé au Haut de Saint-Louet, un peu plus loin sur la droite du plateau, des tracts descendaient du ciel lâchés par un avion. Les tracts conseillaient aux gens des localités de quitter leurs maisons pour se réfugier en campagne, signes de bombardements futurs. En soirée, nous étions arrivé chez nos amis qui nous avaient accueilli dans leur maison au Biéville. Après le repas, des matelas avaient été installés dans la cuisine qui était assez grande, c’était la première nuit d’évacuation, et quelle nuit, au matin des salves de coups de canon avaient retenti, tout près de la maison où nous étions , une batterie alle-mande s’était installée.

Dimanche 11 juin, première étape Premier dimanche hors de la maison en évacuation, quel changement, il avait fallu s’organiser pour les repas. Dans la matinée, papa était retourné à Villers, la veille dans la préci-pitation nous avions oublié de vider le tiroir caisse de l’épicerie, ainsi que les bijoux, il était revenu avec sa bicyclette. Les gens qui nous accueillaient étaient charmants, madame Eugénie et monsieur Albert Letouzet, pour nous c’est Eugénie et Albert. Albert n’avait peur de rien, il était dans les corps francs en 1940, il s’était évadé à pied depuis la Belgique jusqu’en Normandie. C’était un copain de travail à papa ; le village du Biéville était animé d’une dizaine de foyers, dont monsieur Lejardinier cultivateur qui était maire de la commune d’Anctoville.

Lundi 12 juin, les Anglais ! Toujours le bruit du canon au loin, les hommes avaient creusé une tranchée de quatre à cinq mètres de long pour servir d’abri ; elle était assez profonde et fut recouverte de fagots avec de la terre par-dessus. L’abri se trouvait au bout de la maison dans un petit plan de pommiers. Dans le village, c’était assez calme à part des tirs d’obus qui déchiraient l’air au dessus de nos têtes. Les Allemands envoyaient quelques salves, les Anglais répondaient en doublant et multipliant les tirs. Le fameux Albert nous avait appris un peu les méthodes de la guerre. Les Anglais étaient à Caumont-l’Eventé, Livry, c’est- à-dire à sept ou huit kilomètres d’où nous étions. On entendait le départ des coups de canon, aussitôt on s’était mis à l’abri.

Mardi 13 juin, combats violents entre Anglais et Allemands Le mardi matin au réveil, bonne nouvelle, quelqu’un était venu nous annoncer que les Anglais étaient sur la route d’Amayé-sur-Seulles, à un kilomètre d’où nous étions. Aussitôt Albert et papa étaient parti à Amayé en passant par Fossard. Ils avaient emmené du cidre, du champagne, du calvados, des œufs et des fleurs pour les Anglais. En effet, les Anglais étaient là, à la ferme de Monsieur Bisson et sur la route de Caumont – Villers. Nous, les gamins, nous avions des ordres de rester avec les femmes à la maison. Toute la journée, bruit du canon et des mitrailleuses, on se battait du côté de Villers. Dans le village ni Anglais, ni Allemand, nous pensions être libérés d’ici peu. À Villers, il y avait encore les pompiers, la poste, les gendarmes et quelques habitants. Les combats avaient duré toute la journée. A ce moment, si on était reparti avec les Anglais, on aurait été libérés. Le soir du 13, nous dormions dans la tranchée, tous ensemble, un vrai calvaire pour tous, avec un bruit de canon ininterrompu.

Mercrerdi 14 juin, des chars en face de nous On se battait dans notre secteur, après la nuit dans la tranchée tout le monde était revenu à la maison. Dans la matinée papa et Albert avaient décidé d’aller à Villers malgré la mitraille ; au bout d’une demi-heure, ils revenaient et se trouvèrent face à un char allemand. Un officier allemand, revolver au poing, leur avait signifié de faire demi tour, impossible de se rendre à Villers, les SS repoussaient les Anglais. Dans la soirée, quatre chars allemands étaient venus s’installer juste en face de la maison.  Nous avions regardé la manœuvre, les soldats creusaient un trou dans le sol sous un pommier, ils avançaient le char au dessus du trou et dormaient dessous. Aucun contact avec les civils. Le soir, nos parents avaient décidé de coucher dans la maison. Nous étions endormis quand des coups frappèrent à la porte, les Allemands veulaient manger et coucher dans la maison, Albert avait montré à l’Allemand tous les gens allongés sur des matelas dans la cuisine, il n’avait pas insisté et avait été voir ailleurs.

Jeudi 15 juin, en plein milieu de la bataille Finie la libération, les Allemands étaient revenus, leurs chars repartaient vers Amayé-sur-Seulles dans la matinée. On se battaient vers Amayé, les Anglais se repliaient vers Livry en passant par Briquessard, ça crépitait de partout. Après le repas du midi, maman balayait devant la maison quand soudain une balle perdue était venue se loger au dessus de sa tête dans la porte en bois. Nous étions passé à côté de la libération, voyant les Anglais se replier nous aurions du évacuer avec eux. Nous sommes resté chez notre ami Albert, nous n’occupions plus la tranchée, par contre quelquefois les Allemands l’occupaient. La vie continuait, les hommes allaient au ravitaillement, ils allaient chercher le pain à la ferme du château d’Amayé à travers champs chez monsieur Piquenard, qui faisait du pain dans un vieux four. Les femmes ne sortaient pas, les gamins pas davantage. Heureusement, il y avait les poules, les lapins et les légumes pour nourrir tout ce monde. La dernière semaine de juin, toujours avec le bruit du canon, on faisait attention au départ des tirs, mais souvent ça passait au dessus de nos têtes. De temps en temps, quelques duels d’avions, des divertissements « très intéressants », des as ces aviateurs. Les Allemands installaient des lignes téléphoniques à travers les champs et les chemins creux, rien de bon pour nous.

Vendredi 30 juin, l’apocalypse sur Villers Le nuage de fumée était au dessus de Villers. Dans le village, de l’autre côté de la route, madame Costard était seule dans sa maison, une petite ferme. Au fond de la cour, une maisonnette était vide ; gentiment, madame Costard nous l’avait proposée. Aussitôt, nous avions déménagé pour libérer un peu Albert. Madame Hardy était venue avec nous. Le déménagement n’était pas compliqué, le triporteur et quelques ustensiles de cuisine. Tout s’était fait à la cheminée, madame Costard était une bonne grand-mère normande avec sa longue jupe, son tablier et sa coiffe en laine. Tous les matins elle faisait de la galette pour le petit déjeuner, on appelait ça le dix heures ; qu’elles étaient bonnes ses galettes. Un nuage de fumée était resté au dessus de Villers et notre maison pendant plusieurs jours, l’épicerie était-elle détruite ? Papa avait décidé d’y aller avec Albert, j’étais parti avec eux, tout était calme, au Haut de Saint-Louet, sur la côte un char allemand détruit, au moulin de Villers dans les virages, un soldat à demi enterré le corps recouvert de terre, la tête et les pieds dépassaient du sol. Dans le champ derrière, un avion était coupé en deux, le moteur dans le fossé avec les ailes et le fuselage et la queue un peu plus bas dans le pré, c’était un avion américain, et son pilote enterré. En arrivant à Villers on avait rencontré des débris de toutes sortes, des Anglais et des Allemands sous un tas de cailloux. Notre maison était entièrement détruite, il restait un pan de mur à mi hauteur, et parmi les ruines notre chatte était toujours là, bien vivante. Impossible d’en approcher tellement elle était redevenue sauvage, j’étais revenu à Anctoville très triste sans notre chatte.

Mardi 4 juillet, nios premiers Anglais sont des prisonniers Nous étions très bien installés dans notre maisonnette, sans confort mais libres, dans la matinée, branle bas de combat, la cour avait été envahie par les Allemands venant du bourg d’Ancto-ville, une auto mitrailleuse s’était avancée juste devant la porte d’entrée de madame Costard. Quatre Anglais étaient descendus du blindé, ils étaient prisonniers. Du fond de la cour, nous avions observé sans nous approcher. Les Allemands fouillaient les Anglais, et faisaient l’inventaire de leurs musettes, pendant une demi heure les Anglais avaient été gardés dans la cour par des sentinelles allemandes. Les Anglais nous regar-daient de temps en temps. C’était les premiers soldats anglais que je voyais, et ils étaient prisonniers. Les allemands avaient enfermé les prisonniers dans la cave de madame Costard, deux gardes devant la porte. Dans l’après midi, un camion avait emmené nos malheureux soldats anglais. Nous étions tout près de la ligne de front, un matin dans la cour nous avions trouvé un béret anglais, peut–être laissé là par une pa-trouille de nuit. Et nous avions toujours le bruit de la canonnade. Nous sommes restés huit jours dans cette maisonnette.

Jeudi 6 juillet, les Allemands barrent la route On commençait à s’habituer à la guerre. Ce matin là, papa et Albert avaient décidé de retourner à Villers, je n’étais pas du voyage. Au retour, Papa nous avait raconté les péripéties. En arrivant dans Villers, ils avaient été pris sous des tirs d’obus au niveau de l’hospice, ils s’étaient terrés dans l’herbage derrière l’hospice (actuellement le terrain de sport), ils étaient redes-cendus jusqu’au bois d’Ecanet, où il y avait plein de soldats allemands qui les avaient refoulés vers le moulin de Villers à travers champs. Ensuite ils étaient revenus à Anctoville dans l’après midi, en jurant de ne jamais y retourner.

Vendredi 7 juillet, nouvel ordre d’évacuation J’avais remarqué que c’était toujours un samedi qu’il fallait partir. Dans la journée du 7 juillet, les Allemands donnent l’ordre d’évacuer à tous les civils. Départ le samedi 9 juillet, nous rechargeons le triporteur, madame Hardy tire une brouette, moi en vélo avec des colis de toutes sortes : chaussures et affaires diverses. Je porte la même culotte courte de velours côtelé mar-ron depuis le 6 juin. Les cultivateurs préparent leur grande charrette, papa donne une caisse de draps à monsieur Lejardinier qui nous propose de l’emporter moyennant un peu de sucre (nous avions a peu près vingt grammes de sucre en poudre. Tous ces préparatifs sont faits le vendredi après midi. Samedi 8 juillet, sur les chemins Samedi matin, nous nous étions rassemblés au village du Biéville. Les cultivateurs avec leurs charrettes chargées de matériels hétéroclites, des mues accrochées au dessous avec des poules. Tous les bovins étaient restés sur place, à part les chevaux et les ânes qui servaient d’attelages. Notre ami Albert était parti avec un âne attelé à une petite voiturette. Le départ avait eu lieu en début de matinée, l’itinéraire était tracé par l’armée allemande et devait être respecté. Nous montions la côte vers Amayé-sur-Seulles partant du Biéville. A peine un kilomètre après le départ, à l’intersection de la ferme de monsieur Barral, un tir d’artillerie avait jeté tout le monde a plat ventre dans le fossé, les obus tombaient sur Amayé-sur-Seulles et nous devions traverser ce village pour rejoindre la route de Caumont – Villers-Bocage ; nous avions pris un raccourci pour éviter Amayé. Nous avons traversé la route de Caumont en direction de Tracy-Bocage, puis Maisoncelles-Pelvey, en traversant la nationale vers Vire au village de la Poste. Au village de la Poste, en plein carrefour un incident s’était produit, une charrette avait cassé un longeron, il avait fallu dégager la charrette, tout le monde était resté bloqué pendant un quart d’heure. Maisoncelles-Pelvey, le haut de la côte à Belissent à gauche Longvillers le moulin de la Capelle nous suivions la vallée de l’Odon, il y avait des Allemands partout dans les bois. Sur la route d’Aunay-sur-Odon – Caen nous remontions vers Le Mesnil-au-Grain puis Courvaudon, nous étions passés sur le plateau de Bonnemaison. Encore un incident, nous avions été croisé par de gros chars allemands qui remontaient vers le front ; un cheval de monsieur Piquenard avait été accroché par un char, le cheval avait eu la jambe cassée, il avait fallu l’abattre, il avait été remplacé par un cheval de réserve. Au dessus de nous, les doubles fuselages tournaient. Les avions étaient terribles et efficaces, mais n’osaient pas attaquer une colonne de réfugiés à côté des chars. Monsieur Lejardinier avait annoncé à papa qu’il ne pouvait plus transporter notre caisse de linge, il l’avait déposée sur place dans le champ. Heureusement il y avait encore des braves gens, monsieur Piquenard nous avait proposé de la prendre dans sa charrette. Maman et papa poussaient le triporteur avec Jacqueline et André, moi je poussais le vélo. Nous avions traversé ensuite la route Aunay – Thury Harcourt. Nous étions passé à Valcongrain, Cauville-sur-Mer, Saint-Pierre-la-Vieille, et nous descendions la côte vers Pontécoulant. Nous croisions des camions allemands carbonisés, les corps des soldats noircis, raccourcis, carbonisés, les os d’une couleur jaune. C’était affreux à regarder. Les camions fumaient encore. A Pontécoulant nous filions vers Saint-Germain-du-Crioult où était prévue une halte et un repas. Vers cinq heures, nous étions arrivé à Saint-Germain, tout était organisé, les repas et le couchage, nous étions dans une grande ferme, nous avons dormi dans un hangar sur de la paille, tout le monde côte à cote, très peu de sommeil.

Dimanche 9 juillet, enfin nous dormions dans un vrai lit Il faisait beau, tout le monde était dehors, café, toilette à la pompe ; toute la colonne était repartie en direction de Saint-Pierre-d’Entremont, c’était un centre de transit pour réfugiés, il y en avait partout. A Saint-Pierre-d’Entremont nous avons quitté la colonne, monsieur Piquenard nous avait laissé la caisse de linge. A quelques kilomètres de là, un petit pays : Clairefougère ; nous étions nés ici, les parents s’y étaient mariés, et le frère de maman habitait dans une ferme. Notre ami Albert et monsieur Hardy étaient venus avec nous, nous trouverions bien à les lo-ger. L‘oncle Pierre et Irène furent surpris de nous voir débarquer, eux aussi étaient inquiets de notre sort, ils posèrent beaucoup de questions sur le Débarquement. C’est une grande maison, une oasis de paix, le calme, fini la canonnade et les tirs de mitrailleuses, même pas d’avion dans le ciel. Le soir, nous dormions dans un lit pour la première fois depuis le dix juin, après une bonne soupe et un bon repas à la grande table de ferme, Madame Hardy était avec nous, notre ami Albert et Eugénie étaient dans une petite maison a côté de la ferme.

Lundi 10 juillet, une semaine tranquille Nous reprenions goût à une vie normale, avec le mouvement de la ferme. Tout le monde était occupé aux travaux de la ferme : les poules et les lapins à soigner, c’éatit la partie des enfants. Les adultes faisaient les gros travaux. Autour de la ferme il y avait un plan de pommiers, la ferme se trouvait dans un petit vallon ou coulait une rivière, et la maison d’habitation se trouvait à deux ou trois cent mètres de la rivière, les lessives avaient lieu au bord de la rivière. Dans un champ de blé au dessus, un avion de chasse allemand avait fait un atterrissage forcé, il s’était écrasé sur le ventre, nous avions été le voir. Aucune activité militaire autour, la première semaine chez l’oncle et la tante se passa tranquillement. Les hommes allèrent à la pêche à la truite dans la rivière ; papa avait fabriqué des filets pour pêcher. Un filet avec deux bâtons pour fouiller dans les trous de la rivière, un jour, ils ramenèrent trente cinq truites. Aucune restriction pour les repas, j’appréciais surtout le jambon fumé que l’on décrochait du conduit de cheminée.

Samedi 22 juillet, nouveau départ Première semaine à Clairefougère, nous n’avions pas beaucoup de nouvelles du front de Normandie. La deuxième semaine fut plus agitée, et d’autres réfugiés arrivèrent à la ferme, une sœur de ma mère avec son mari et ses deux filles ; ils étaient en charrette avec une vache attachée derrière, elle donnait du lait pour les enfants. L’effectif à la ferme grossissait, ces gens venaient d’une petite commune qui s’appelait Pierres, située entre Vire et Vassy, cela voulait dire que le front se rapprochait. On recommençait a entendre des bruits sourds de canonnade au loin. L’ordre d’évacuation pour la commune de Clairefougère arriva, départ le samedi 22 juillet. Décidément le samedi était propice à l’évacuation. Nous avons recommencé a préparer nos bagages. A la ferme, on attela le cheval à la charrette chargée de matelas. Le triporteur fut rechargé, il faisait beau, et nous sommes repartis vers le sud. Nous reprenions la direction de Flers, toujours par des petites routes. Nous étions en famille, presque toute notre famille habitait dans le département de l’Orne. Nous sommes passés à Flers vers midi , nous avons rencontré très peu d’Allemands. Après Flers nous avons pris la direction de La Ferté Macé. Sur cette route se trouvait le bourg de Messei, où habitait une autre tante qui tenait un fond de boulangerie, une sœur de ma mère la famille Turmel. En milieu d’après midi nous sommes arrivés à Messei, nous avons quitté la colonne de réfugiés pour être accueilli par la famille Turmel. Hélas, la tante ne pouvait pas accueillir toute la famille, qui se composait de deux charrettes à gerbe plus la vache de tante Louise qui y tenait beaucoup. Après une bonne collation et des projets d’établir un programme pour la suite, Edmond Turmel nous a indiqué une ferme près de Messei ou nous pourrions stationner.

Dimanche 23 juillet, une forteresse volante américaine s’écrase devant nous Il y avait des réfugiés qui partaient en campagne et qui se trouvaient bien souvent à coté de convois allemands. Nous avons passé la nuit à la ferme, dans les communs. Maintenant, le bruit du canon se rapprochait, l’aviation nous survolait sans arrêt, et la défense contre avions tirait sans cesse. Vers midi, une vague de bombardiers était passée au dessus de la ferme, la DCA tirait à tous feux, un bombardier fut touché. On le vit quitter sa formation, de la fumée se dégageait derrière l’avion; aussitôt nous avons aperçu cinq ou six parachutes qui s’ouvrirent. L’avion descendit doucement, il passa au dessus de nos têtes, dans un bruit terrifiant, des soldats allemands affolés coururent dans tous les sens, n’ayant même pas vu une clôture de fil de fer barbelé qui se trouvait là, ils s’étalèrent par terre avec tout leur matériel. Le bombardier tournait en rond, les pilotes cherchaient un lieu pour se crasher. Une deuxième fois il passa sur nous encore plus bas, une grosse masse grise qui nous tombait dessus. Tout le monde était affolé, les animaux, les chevaux, que les oncles tenaient par la bride, toute la famille se dispersa, je ne savais pas où étaient mes parents, je n’ai jamais eu aussi peur. Enfin, le bombardier s’écrasa un peu plus loin dans un herbage, nous avons toujours cru que les pilotes avaient voulu éviter les habitations. Le choc fut terrible, l’avion était chargé de bombes. Aussitôt, sur la route des motos allemandes recherchèrent les parachutistes américains. Aprés ces péripéties tout le monde chercha à se rassembler, ce jour là nous sommes restés sur place. En fin d’après midi, nous sommes retournés à pied chez la tante à Messei, il n’était question que du fameux bombardier, certains allèrent se rendre compte sur place, il y avait un immense cratère.

Lundi 24 juillet, ravitaillement dans les fermes Nouveau départ vers le sud, direction Briouze, plus on descendait plus le bruit de la canonnade s’intensifiait, la famille restait ensemble, nous nous trouvions mélangé à des réfugiés inconnus. L’activité des avions de chasse était intense. Deux repas par jour, un le matin, un le soir; nous allions chercher de la nourriture dans les fermes, pour les pommes de terre et les oeufs, c’était souvent gratuit. Nous couchions sous les charrettes, la nuit c’était un feu d’artifice de fusées éclairantes, pas moyen de dormir.

Mardi 25 juillet, le fusil allemand Cette nuit là, nous avions stationné en pleine campagne dans un plan de pommiers, les charrettes stationnaient le long d’une haie. La vache de la tante était toujours là pour nous donner du lait. Ce matin là, les avions de chasse anglais tournaient au dessus de notre campement, encore une frousse en vue, surtout qu’il y avait des Allemands un peu partout. Aussitôt, Albert et papa demandèrent des draps blancs, des serviettes, n’importe quoi et nous sommes partis au milieu de la prairie agiter tout ce qui ressemble à des fanions blancs, pour signaler que nous étions des civils. Les avions passaient et repassaient, et à la fin s’en allèrent en battant des ailes de droite à gauche; une initiative qui nous avait peut être évité un mitraillage ; nous avons su après, que les chasseurs devaient se débarrasser de leurs munitions  avant leur retour à la base. Après cet incident nous avons préparé le départ. Ce jour là, une petite anecdote : dans un pommier il y avait un fusil allemand accroché à une branche, peut être oublié par un soldat dans la débâcle; en passant, papa décrocha le fusil et le glissa dans la caisse du triporteur à travers le linge ; le fameux fusil revint jusqu’à Villers-Bocage. C’était un truc à nous faire fusiller tous ! Je n’ai jamais su ce qu’il devint après. Toujours par les petites routes de campagne nous approchions du Menil-de-Briouze, comme nous étions parti vers midi, nous avons fait très peu de kilomètres cet après midi. Le soir, nous nous sommes installés dans une ferme, nous avons couché sur des matelas dans un hangar sous les tôles.

Jeudi 27 juillet, nous sommes libérés par les Américains Ce matin, il y avait un violent tir d’artillerie dans notre secteur, cela a duré toute la matinée. Les éclats tombaient sur les tôles du hangar. J’avais un oncle qui se protégeait sous un matelas. La tante était restée à l’extérieur près de sa vache, ses deux filles a côté abritées dans un tonneau vide, dont la partie avant était ôtée. La tante Louise se serait fait tuer pour sa vache. Le tir d’artillerie se calma vers midi, quelqu’un nous annonça que les Américains étaient tout près, nous avions quitté les Anglais dans le Calvados pour retrouver les Américains dans l’Orne. De fait, en fin d’après midi, nous nous sommes rendus par un petit chemin dans un herbage, pas très loin les soldats américains étaient là le long d’un fossé, chaque soldat dans un trou d’homme, nous étions libéré. Les premiers chewing-gums pour les gosses et des cigarettes pour les grands. Le lendemain, nous sommes revenus dans l’herbage où se trouvaient les Américains, pendant que les parents se préparaient pour le retour. Nous avons été libérés au Menil-de-Briouze par l’infanterie américaine, les Allemands fuyaient la poche de Falaise.

Samedi 29 juillet, le piano sous les pommiers Au retour, nous nous sommes arrêtés à Messei chez l’oncle et la tante, qui d’ailleurs n’avaient jamais évacué. Après une petite halte à Messei, nous sommes retournés à Clairefougère, toujours avec les charrettes et la vache. Avant d’arriver à Flers, juste au passage à niveau de la ligne Granville Paris, nous avons rencontré des gens de Villers, la famille Pottier, nos voisins de la place Richard Lenoir où j’allais aux nouvelles avec mon copain Paul Boutrois. Dans la soirée, nous étions de retour à la ferme de Clairefougère, notre ami Albert et sa famille retournaient dans leur maisonnette tout près. La maison d’habitation était presque transformée en bunker, les volets fermés par des fagots entre les persiennes et les fenêtres, un grand désordre dans la cuisine, sans doute un départ précipité, l’armée d’occupation était passée par là. Dans le plan de pommiers il y avait du matériel abandonné, un piano presque neuf était là sous un pommier. L’oncle et la tante, avec la vache, étaient restés à Clairefougère le soir, pour repartir le lendemain chez eux à Pierres.

Dimanche 30 juillet, les débris de la guerre Dimanche, grand nettoyage, tous les cultivateurs de la commune rentraient les uns après les autres et cherchaient à récupérer leurs animaux. La vie active de la ferme reprenait, pour l’environnement il y avait beaucoup à faire. Dans un herbage, juste au dessus de la ferme une batterie d’artillerie allemande avait dû stationner, nous avons retrouvé tous les accessoires à l’emplacement des canons, des caisses en bois pleines de douilles d’obus, sans les obus. Ce qui expliquait le départ précipité, et la ferme servant d’abri pour les chefs. Aucune zone minée à la ferme et dans la commune. Tout prés, passait la ligne de chemin de fer Paris – Granville, déjà des soldats américains la remettaient en état.

La vie reprend à Villers-Bocage Et les jours passaient, un matin nous avons entendu le son d’une musique sur la route, nous sommes allés aussitôt dans cette direction. Surprise, un groupe de soldats anglais, cornemuse en tête, marchait au pas et se dirigeait vers un petit vallon tout à coté. Ils étaient là pour des exercices de tirs au fusil. Et retour en musique, nous avons eu droit à ce divertissement pendant plusieurs jours. En fin de semaine, notre ami Albert décida de revenir à Anctoville en éclaireur. Madame Hardy rentrait avec eux. Nous, nous sommes restés à la ferme. Nous avions aussi une autre tante qui habitait dans une ferme à Montsecret à quelques kilomètres de Clairefougère. De temps en temps nous allions la voir en prenant un raccourci à travers champs, et en traversant la ligne de chemin de fer. Sur la ligne, il y avait des soldats américains, nous allions les voir pour obtenir du chewing-gum et des cigarettes pour papa. Les Américains étaient très généreux, beaucoup plus que les Anglais. On ramenait aussi du pain de riz, très blanc. Les premiers passages de trains un peu plus tard étaient remplis de prisonniers allemands dans des wagons découverts. Au passage de la gare de Montsecret, le train ralentissait, une belle occasion pour nous de lancer des pierres sur les prisonniers. Chez la tante de Montsecret il y avait un régiment d’artillerie anglais qui stationnait dans la ferme, des canons de gros calibre sous les pommiers avec leurs tracteurs. Je connaissais bien cette ferme pour y avoir passé mes vacances entre 1940 et 1944. Ma tante était seule sur la ferme car son mari était prisonnier. Le travail à la ferme, pour nous les gamins, c’était le ramassage des pommes, tous les matins. Le piano était notre souffre douleur, le pauvre, complètement désarticulé. Les jours passaient, c’était l’été à la campagne. Puis papa décida de revenir à Villers avec le triporteur, j’étais du voyage, maman, ma sœur et mon frère restaient à la ferme. Nous sommes partis un matin, direction Moncy, Vassy, Danvou-la-Ferrière, Aunay-sur-Odon et Villers ; à part quelques militaires anglais, nous n’avons rencontré presque personne sur la route. Le soir, nous sommes arrivés à Anctoville, notre ami Albert nous a hébergé. Une grande partie des cultivateurs étaient rentrés. Le lendemain, nous avons laissé le triporteur à Anctoville dans notre gîte chez Monsieur Costard, et très tôt nous sommes partis pour Villers, notre bourg était en ruine, seules quelques maisons étaient encore habitables, du côté de la gare et dans la rue Jeanne Bacon. Nous sommes allés voir notre maison, un tas de cailloux, puis après, nous nous sommes rendus dans notre jardin qui se trouvait vers la gare, sur le chemin qui allait chez monsieur Robine (emplacement actuel de Champion). Dans le sentier qui conduisait au jardin se trouvaient des matelas, du matériel de cuisine et d’autres matériaux, un vrai campement de militaires en plein air. Nous avons récupéré des casserole en cuivre que nous avons caché dans le jardin ; mais au retour un peu plus tard, les casseroles avaient disparu, la guerre était une belle occasion pour les voleurs. Après la visite au jardin – pendant la guerre nous avions trois jardins, deux à Villers et un à Villy-Bocage – nous sommes redescendus dans le bourg, direction la maison de monsieur Doublet, maison qui existe toujours face à la résidence des personnes âgées. Monsieur Doublet était maire, et il avait installé un semblant de bureau dans son sous sol pour recevoir les sinistrés, et nous nous sommes inscris en tant que tel. Vers neuf heures, ce fut le retour vers Clairefougère à pied. Papa pensait faire à peu près cinq kilomètres à l’heure, pronostic prévu entre Aunay et Villers. Nous sommes passés à Aunay, le bourg était complètement détruit, seul subsistait le clocher au milieu des ruines. Après direction Danvou-la-Ferrière, le village n’était pas détruit, personne sur la route à part quelques véhicules militaires. Certains endroits étaient balisés par des rubans blancs qui indiquaient des emplacements minés. Nous marchions unique-ment sur la route, en évitant même les bas cotés. Vers deux heures, nous nous sommes arrêtés pour le casse croûte, nous étions au carrefour de la Chenatée près d’Estry, installés dans un fossé où des soldats anglais avaient séjourné en laissant du matériel, j’ai récupèré deux cartouchières en toile et un porte documents. J’ai toujours une cartouchière à la cave. Après le casse croûte direction Vassy, la route était longue ; je commençais à avoir mal aux pieds, j’ai enlevé mes chaussures et j’ai entouré mes pieds avec des chiffons pour protéger les plaies. La moyenne en kilomètres diminuait, sur le plateau avant Vassy, nous trouvions quelques chars anglais calcinés, après une petite inspection, nous avons découvert que les cadavres des conducteurs étaient toujours sur leurs sièges. Cinq ou six kilomètres avant Vassy, une vachère avec un cheval nous dépassait, s’arrêtait et le cultivateur nous proposa de nous emmener jusqu Vassy, pas besoin de nous le répéter deux fois. Vassy, bourg non détruit, le cultivateur nous y déposa, il prenait une autre direction que la notre. A pied nous sommes partis vers Moncy, c’était la fin de l’après midi à Moncy, nous avons coupé à travers champs et par les chemins creux pour arriver à la ferme de Clairefougère complètement épuisés. Nous sommes restés encore quelques jours à Clairefougère, le temps d’organiser notre retour. La tante de Montsecret nous proposa une carriole avec un cheval pour nous rapatrier. La famille nous donna quelques ustensiles de ménage, ainsi que de la literie. Puis un matin, la carriole fut attelée avec son chargement et toute la famille quitta Clairefougère pour le retour vers Villers. Mon frère prit les rênes du cheval, c’était un peu l’aventure. Le voyage se passa bien, nous avions un cheval très docile et courageux. Toujours le même trajet : Moncy – Vassy – Danvou-la-Ferrière, en milieu d’après midi nous sommes arrivés à Aunay-sur-Odon au milieu d’un convoi militaire anglais. Un soldat de la police militaire nous a arrêté, il fallait attendre que le convoi traverse le bourg. En plus, ce militaire nous a dressé une amende pour avoir coupé un convoi, nous avons toujours cru qu’il nous avait escroqué de l’argent pour son argent de poche. Le voyage se termina à Anctoville, au village du Biéville, nous avons repris possession de notre petite demeure dans la cour de madame Costard. Le lendemain, le cheval avait bien mérité son repas. Puis papa repartit pour Clairefougère avec la carriole à vide pour rendre l’attelage à la tante Denise. Pour nous les gamins, les vacances continuaient, pour les parents tout était à organiser. Nous allions souvent à Villers, le premier travail fut de déblayer la maison, nous avons récupéré quelques assiettes, autrement rien. Mais on s’en était sorti, c’était le principal. Nous avions aussi un garage, route de Saint-Louet, notre voiture, une Citroën B2 qui n’avait pas roulé de puis quatre ans. Devant la porte du garage il y avait un tas de gravats qui empêchait l’entrée. Nous avons déblayé l’entrée à la pelle et la pioche. Puis avec un cheval nous avons sorti la voiture en passant par dessus les décombres. Le cheval attelé devant la voiture a ramené la voiture à Anctoville, dans la cour de madame Costard. Nous avions l’intention de la remettre en route. Après une bonne révision des bougies de la magnéto, et beaucoup d’essais en la poussant à la main, nous avons réussi. Premier voyage à Caumont l’Eventé pour faire des courses. Caumont n’avait pas subi de bombardements, il y avait quelques commerces. Le marché de Villers du mercredi avait tendance à repartir. Tous les habitants de Villers étaient pour la plupart dans la campagne autour. Il restait encore quelques maisons qui étaient habitables du coté de la gare, et dans la rue Jeanne Bacon. L’épicerie Laumonier s’installa dans les établissements Rivière. Les boulangers étaient en campagne, et faisaient le pain dans des fours de fermes. Le problème de l’approvisionnement était le plus difficile à résoudre. Un jour à Anctoville, les parents reçurent la visite d’un représentant de la maison Caiffa qui annonça l’arrivée d’un camion de marchandises d’ici quelques jours. Le camion devait venir de Paris avec de l’alimentation, du matériel de cuisine, de la bonneterie, des anciennes primes. Le jour du marché, les parents installèrent leurs marchandises sur le trottoir en face de la maison de mon-sieur Tribouillard. Un peu plus tard, avec du bois de récupération pris dans les décombres, papa monta une petite échoppe dans le jardin de madame Tribouillard en bordure de la route. Au début on venait au marché avec le triporteur, seulement le mercredi matin, ensuite c’était en voiture avec la B2 le mercredi et le samedi matin ; tout se vendait, nous les gamins on fabriquait ders lacets pour chaussures avec du fil téléphonique anglais, et aussi des petites lumignons pour s’éclairer. Les administrations étaient de nouveau en place, la poste au manoir de la Queue de Renard (Tracy-Bocage), la gendarmerie à Epinay-sur-Odon, la mairie à Villers-Bocage chez monsieur Doublet, les docteurs au château avec l’hospice. Des cas de typhoïde se déclarèrent à cause de l’eau polluée, et la gale se répandit chez les enfants. Je fut pris le premier, après ce fut ma sœur et mon petit frère, tous les jours on avalait de la tisane forte avec de la racine de doche, très peu efficace. Ensuite nous subissions des bains avec une potion soufrée, tout nus dans un baquet, un traitement plus efficace. La guerre n’était pas terminée, de temps en temps des convois américains passaient sur la route d’Amayé, des GMC avec remorques, conduits par des noirs ; le pont sur la Seulline avait du mal à résister à ce trafic En janvier 1945, l’école réouvrit deux classes à Villers et une à Epinay. Anctoville – Villers à pied tous les matins, avec la gamelle pour le midi réchauffée sur le poêle, retour le soir toujours à pied. Quand il y avait de la neige nous quittions un peu plus vite l’après midi. Les classes, deux baraquements installés dans les herbages de monsieur Bernouin, actuellement la salle Richard Lenoir. La vie reprenait peu à peu. Les courriers Normands étaient installés place Richard Lenoir dans un baraquement. Monsieur Fessard y habitait juste devant notre ancien magasin ; il avait, au passage, adopté notre petite chatte rescapée du bombardement ; elle avait vécu dans les décombres de la maison pendant tous ces événements. Le pre-mier Noël après la Libération fut triste, la fin de la guerre était toute proche. Nous avions toujours les tickets de rationnement, nous prenions le pain au Haut de Saint-Louet, à la ferme de Raoul Hebert où monsieur Fleury boulanger était installé. Tous les soirs, j’allais chercher le lait à la ferme de madame Costard, dont le mari était toujours prisonnier en Allemagne.

8 mai 1945, la fin de la guerre Le 8 mai 1945, ce fut la capitulation de l’Allemagne, une grande joie pour tout le monde, le soir au village du Biéville, ce fut la fête. Feux de joie, danse et accordéon jusqu’au matin, une joie que l’on ne pouvait pas décrire. La fête continua le lendemain au bourg d’Anctoville. Après, ce fut l’attente du retour des prisonniers et des déportés. A Villers, un seul déporté revint sur les six arrêtés, il s’agissait de madame Marguerite, secrétaire de mairie à Villers, elle ne survit qu’un an. À Villers-Bocage, il y avait un camp de prisonniers allemands, c’étaient eux qui déminaient. Il y eut plusieurs accidents. En dehors de son commerce, papa faisait du déblaiement pour des particuliers dans le bourg (déblaiement surtout de coffre fort). Puis nous avons quitté la demeure du Biéville pour déménager dans une autre maison au Haut de Saint-Louet, une maison qui appartenait à Monsieur Philips (tricoterie). Ça nous rapprochait d’un kilomètre de Villers. Il fallut se réinstaller, la maison était plus grande, cuisine, chambre et cave, plus un grand grenier. Nous avons fait connaissance avec nos nouveaux voisins, monsieur Tanquerel était le plus proche. Un peu plus loin, la ferme d’André Pierre et madame Leonard où nous prenions le lait. Nous avons essayé d’améliorer l’habitat, c’était une maison inoccupée depuis longtemps. Nous avons tapissé la chambre avec des cartes d’état major de l’armée anglaise, c’était la mode du moment, faute de mieux, la colle était faite avec de la farine. Puis un jour d’été, maman a attrapé une insolation, le docteur Dary arriva du château, médicaments et isolation en chambre noire. Je partis à bicyclette à Caumont-l’Eventé chercher des médicaments à la pharmacie la plus proche. A Villers, un semblant de vie reprenait. Des baraquements commerciaux furent installés dans les herbages autour du bourg détruit (actuellement rue Auguste Briard et sur le boulevard allant vers la gare). Il fallait se faire inscrire à la mairie pour l’attribution de dix baraquements (anciennes douches allemandes) derrière l’usine de monsieur Rivière. Ce furent les premiers baraquements construits à Villers. L’année scolaire se termina, je du quitter l’école. Monsieur Lerebourg, l’instituteur et maître Levesque, le notaire vinrent trouver mon père, j’étais présent. Leur visite avait pour but de demander si j’étais d’accord pour aller travailler chez maitre Levesque. Le père a refusé, soutenant que je devais apprendre un métier manuel. L’été 1945 se passa au Haut de Saint-Louet, Villers s’organisait, avec le marché aux bestiaux place de la gare. La boulangerie Ozenne construisit une isba (toute en bois) à la mode russe, juste à coté de monsieur Lecomte actuellement (marchand de bière, sur l’emplacement de l’ancien patronage. A côté de monsieur Ozenne une église provisoire dans un Roodney (tonneau de l’armée anglaise). Tout ça, boulevard Joffre. Des baraquements commerciaux furent montés dans un herbage entre la gare et l’ancien marché, actuellement rue Auguste Briard. Un grand complexe de baraquements de bois fut monté dans un herbage sur la route de Caen, face au calvaire, actuellement lotissement de Jérusalem, le complexe était prévu pour les ouvriers de l’Oncor (Organisation Nationale des Cantonnements pour Ouvriers de la Reconstruction). Les baraquements étaient construits par le gouvernement, comme les cantines, les salles des fêtes… Plus tard ces baraquements furent employés pour les colonies de vacances des « petits parisiens ». Pendant les vacances, de temps en temps, je travaillais à la ferme chez monsieur Léonard, pour des petites corvées. Pendant les vacances, monsieur Lerebourg s’occupa de mon cas, à la rentrée je du rentrer à l’école de Douvres-la-Délivrande, un centre d’apprentissage pour métiers manuels. La veille au départ, je fus invité à manger à la ferme chez monsieur Pierre, Antoinette était ravie. Puis ce fut le départ pour Douvres avec papa, sur le cadre de la bicyclette, la fameuse bicyclette qui avait fait l’évacuation. Quarante kilomètres sur le cadre, avec une valise en bois derrière, sur le porte bagage. Papa me déposa à l’école, et revint aussitôt à Villers, un souvenir inoubliable, le premier départ de la maison. Je ne devais revenir qu’aux premières vacances à la Toussaint.

Defeat then occupation. We knew they were coming when we saw the refineries burning in Le Havre, we could see the columns of smoke from Villers Bocage. We expected them to come from the Caen road, but they arrived via the lower town road from Brittany, they had encircled all Normandy. Before, we had seen Belgians, British, and also French come through, everybody was fleeing. I have an uncle who arrived from the Ardennes, his captain said to him: “you don’t live far from here, you can go home now!” he lived near Vire, he stayed at home, and was not taken prisoner. The Germans were very smart, impeccable, very disciplined, and they marched in ranks, singing “Heili, heilo !”, they had a lot of equipment, as compared to the French army. They occupied the school, the public baths and buildings. . . The troops lodged in the public buildings, the officers in the people’s homes. Some German officers came to visit the houses with the mayor. Our house had two floors, on the first floor were our bedrooms, the second served as a storage loft, but it was not good enough for them, so they didn’t stay in our house. Next door was the home of an insurance agent, they lodged an officer, and the servant polished his boots. The mayor and the teachers had to look for another place to house the school, like the retirement home, the wedding hall, the town hall or the dispensary . . . we were dispersed. I was at the end of my studies, the mayor proposed to install us in the parish hall; when we arrived, our teacher wanted to take down the crucifix on the wall, the priest refused, so we went elsewhere. The Germans had an iron discipline. On the town square, in the Rat Hall, there was an artillery regiment; they brought out the guns every day to clean them. We were always hanging about. My parents were not germanophile. We listened to the radio, but this was forbidden and the radio sets were confiscated in 1943. Everybody made their own crystal sets, and connected them to the telephones. My dad was a grocer, my mum looked after the shop; my dad worked next door, he made charcoal for the gasogen vehicles as all the trucks ran on gas. During the war the grocery shop was not very lucrative . . . so he worked for a charcoal trader; working with him were two young lads who were called up to work in Germany, and they were in hiding. On the town square, there was a big statue of Richard Lenoir, the Todt enterprise came and brought down the statue, they recuperated the bronze to make guns, one of the workers had his hand crushed by the statue. The resistants blew up a train transporting Germans on leave between Caen and Lisieux, twice, from then on they had to mount the guard on the railway lines. All the local men were requisitioned in turn to mount the guard on the main Paris to Cherbourg railway. Every evening, around seven or eight o’clock a truck picked up the men from the local towns and villages, in turn, with no arms, all under the orders of the Germans. They took some calvados with them and came back all half drunk! There were several resistants six or seven. At the railway station, there was a French station master and also a German station master, at the town hall a French secretary and a German secretary and also a French gendarmerie and a German gendarmerie, everything was doubled; One day, a German officer who worked with the French town hall secretary said : “Madame Marguerite, I am leaving Villers Bocage, I warn you that my replacement may not be so nice as I was !”, this was to warn her to beware as he probably knew that she gave tickets to the resistants. She finished up by being arrested and deported to a concentration camp.

Resistance, deportation, arrests. In our area, we found out afterwards, that the insurance agent, a grain merchant, the town hall secretary, the local squire and the electrician were all part of a resistance network. We even thought that the electrician was a collaborator as he was always hanging about with the Germans, they shot him afterwards. We were wary of everybody. One day, I did something; I stole the pay of a german soldier. The Germans had free time at five o’clock in the evening, they came to the grocer shop, I saw them several times. One day I was wandering around the town with a pal, we saw three or four Germans come out of a shop, we followed them and then one of the soldiers fumbled his pockets and something dropped out; he had lost his German occupier pay packet; We picked it up, and we bought ourselves sweets, some fire crackers and a ferret for game hunting. We went into the countryside and caught some rabbits. We even went hunting in the local chateau’s woods, the guard saw us with his binoculars, and we just had the time to pick up our ferret and run away. My parents never knew all this, me and my pal, who was from a little farm, kept the ferret in a hutch near the rabbit hutches. There were restrictions, in the countryside we had butter, cheese, bread fairly easily, the farmers slaughtered the livestock, we gave our rabbits to the old granny’s who did not have much. On the town square there were some big carts for transporting grain – big wreath carts with huge wheels. We had transformed one into an assault tank; we had clothed it with branches and steel wires and installed a stove pipe as the gun canon. I bought some crow crackers and we put them into the stove pipe and lit up the wicks, it was our “little war”, and this made the Germans laugh. The Villers Chateau lodged the pilots who bombarded England from the Carpiquet aerodrome. They had their drivers, and when they came back from a mission they flew over Villers and their drivers left immediately to collect them at Caen. Once a German plane was shot down by an English fighter and it crashed behind the chateau, we went to see, and we saw the bodies of the German pilots hanging from the trees. In 1943, we watched passing overhead the flying fortresses going to bomb Germany. Once, a fortress, in trouble, returning from it’s mission landed on it’s belly between Villers and Amayé(sur Seulles), the Germans went immediately, but the resistance had the time to pick up the thirteen airmen and hide them in a farm. They wanted to go to Spain. The lads who picked them up were all shot. The Germans dismantled the fortress in small parts and sent them to Villers railway station to be packed into wagons, we were there and they tried to make us believe that it was a German aircraft. The local squire, who had hidden the airmen, was arrested by the Gestapo, his gardener saw them arrive in a black Citroen traction, he tried to warn him but the squire did not listen and was taken away and was never seen again. Our electrician at Villers who was a resistant, sent messages to Bayeux via his young apprentice, only a boy, the messages were hidden in his bikes handlebars, once he even transported a radio emitter from one farm to another without even knowing. One morning in 1943, the Gestapo and some Frenchmen arrested six resistants, they were all shot at Caen prison on D-Day, and their bodies have never been found. The Villers railway station was an important one, and there was also an important livestock market; the town had about 1500 inhabitants, every Wednesday, one or two trains, with livestock, left for the slaughter houses at La Villette in Paris, the Germans served themselves with some of the livestock on the platforms, packed their equipment and left for the Russian front. We watched all this. They did not like the Russians – russki -, their French girlfriends came to see them go at the station entrance. I did not see it, but I think one or two of them had their hair shaved off after the liberation. But, many of them left when the D-Day started and never came back.

Tuesday 6th of June 1944, it’s D-Day, we await the arrival of the British. It was like any other day, except for a distant rumbling sound which woke us all up around six o’clock in the morning, like a continuous thunder. The previous days, we had seen a lot of British planes flying over. But there were no Germans in Villers Bocage. One Sunday, they came and machine gunned our water tower, they transformed it into a skimmer, the water ran all over the place, for nothing, the Germans were elsewhere. At the Clermont-Tonnere Chateau, there were some German engineers in pension; they studied the terrain to install V1 and V2 bases. On D-Day, they were still at Villers Bocage, but they left that very morning; The Chateau squire said to me that when they left he bared them farewell, but they said : “No sir, we will be back soon, we will come with our guns and we will win the war !” We got up as usual to have our breakfast and we went to school for nine o’clock. I had passed my exams eight days beforehand. The school was in the town square within the town hall since 1940; the school buildings themselves between the road to Vire and the road to Aunay sur Odon were occupied by the German army. On the way all was quiet, except for the sound of distant guns, at the town hall our class occupied the wedding hall. There was a lot of excitement at the school everybody talked about the landings on the coast; our master, Mr Lerebourg, gathered us at the foot of the stairs before entering our class, which was on the first floor; He attempted to explain the events in connexion with the sound of guns coming from the coast; some pupils asked if they could recuperate their schoolbags that stayed in the classroom, the master refused, telling us that all would be back to normal within a few days; Alas, later I regretted this, because all our schoolbags were destroyed when the town hall was burnt down ; mine was offered to me by my dad after my exams. So, we were sent back home. In the main road, still quiet, without any military activity, happy to have no school but a bit worried all the same. During the morning, with my friend Paul Boutrois we went to find out any news at Mister Pottier’s house, he was an ex vendor of croissants. Mister Pottier lived on the angle of the Epinay road opposite the Hotel du Vieux Puits which nowadays is the Café de la Liberté, it was also the place Richard Lenoir where we lived then. The D-Day landing was confirmed, so we waited for the arrival of the British troops, looking towards the top of the town’s main road. During the morning some fighter bombers appeared at low altitude, one of them passed just over our heads. We were on the Richard Lenoir place, the plane went towards Villy Bocage, us, being kids thought that it was going to land somewhere in that direction. So instantly with my friend Paul we went towards Villy. No plane to be seen, we went as far as Fains but nothing, without seeing neither English nor Germans, we went back home to Villers to find our worried parents. The afternoon was calm, Dad came back from his work at Saint Louet sur Seulles; He worked on the demolition of an old farmhouse to recover the stones (this farmhouse is still in the same state today as it was on the 6th June 1944); Dad Queruel day worked for people who needed him, doing small jobs: chopping wood, gardening, batelage and making charcoal . . . Mum looked after the shop during the day. And always that rumbling noise coming from the coast. Our parents, being quite worried, gave us recommendations; we were three children, one girl and two boys.

Wednesday 7th of June, bombs on Villers. On Wednesday morning, no school; we all had our breakfast together. Dad went back to work at Mister Lerebourg’s place, my teacher who was expulsed from the school now lived down the Rue Jeanne Bacon in a bungalow. During the morning I went back to see the Pottier’s for more news, from the angle of their house I had a good view up the main street towards Caen as well as downwards towards Vire; we still waited for the British troops to come from up the road; There were a lot of rumours circulating but still no British; During this time, my younger brother André stayed at home sitting near the stove, trembling with fear; there were very few clients at the shop, le Wednesday market not being held. Early afternoon, German soldiers marched up towards the top of the town in single file, all covered in branches; During the afternoon, I was in our back yard at home, when for the first time I saw two planes dropping bombes, instinctively I crouched down covering my head with my arms and ran into the house screaming; a few seconds later, several explosions, it was a terrifying noise; The bombes dropped over our house landed and exploded on the railway station, only 800 meters from our home, what a fright ! A little later Dad came back home from his gardening work; the Lerebourg’s were all very worried. In the evening, around five o’clock, the first German armoured vehicles appeared, coming up the main road towards the grain market hall. They crossed the Richard Lenoir place, and passed just in front of our grocer shop, then went towards the road to Saint Louet sur Seulles. From Wednesday the 7th of June to Saturday the 10th of June we watched these convoys going towards the front. That evening, we had dinner together, Dad talked about making reserves of drinking water and to do some packing, as Mister Lerebourg suggested; there must have been talks about this during the gardening.

Thursday 8th of June, the German casualties. Still the same sound of guns from the coast. Dad stayed at home; the younger brother still frightened to death. During the morning with friend Paul, we went as usual to see mister Pottier, charming people; Afterwards some news, true or false – “the British are at Tilly !” – We went to the railway station to see the damage. The station itself was not destroyed, we advanced towards the platforms direction Aunay sur Odon; Just after the crane, the railway was destroyed, the rails like corkscrews and bomb craters in the ballasts; We saw some German troops walking or on bikes, going towards the front lines, towards Bayeux, with leaves and branches as camouflages. We also saw tracked vehicles, starting off around five o’clock in the evening, they drove during the night, it was quieter. At the beginning of that afternoon, I was at the Richard Lenoir place when a machine gun carrier came down the road and stopped in front of us, they asked us where the hospital was, the officer was very nervous, and we were a bit embarrassed to answer, because Villers didn’t have a hospital, and I didn’t know that the Germans had installed a hospital at the Chateau Clermont Tonnerre since the 6th of June; there were monk surgeons and nurses, who had engaged but did not want to fight; the hospital stayed there nearly for a month. We sent them to the hospice infirmary; the officer asked us to mount and show them the way, it was just nearby. We assisted to the transfer of the two injured, one had a big hole in his thigh. It was the first time I saw a casualty, and I did not want to see any others, I went back home straight away; Dad had brought in the old three wheeled transport bike from the garage in case we had to leave. In the evening another German convoy drove towards Saint Louet.

Friday 9th of June, carnage for the Germans. That day the German activity was more intense, troops marching, or on bikes, and still the rumble of guns. But it was a quiet day. Late afternoon a convoy of four wheeled carts, drawn by horses, past by the shop coming from Saint Louet; they crossed the Saint Lenoir place and went down the main road towards Aunay sur Odon. There was a big German bakery for the sector in the Chateau of Villy Bocage, they must have received the order to retreat behind the lines. In passing, the soldiers gave us signs with their hands saying “war finished!” The convoy was quite important. Perhaps half an hour after that passage, some German soldiers installed on the large pavement in front of the Café Vignot, fired their machine guns towards a plane, without hitting it, as it headed towards the coast. Just afterwards, we heard the noise of machine gun fire southwards, the planes had seen the horse and cart convoy on the road to Aunay, it was a real carnage, some of the horses, frightened and injured came back up the main road as fast as they could gallop, dragging behind them what was left of their carts; the far West in disarray, the horses went back towards Villy; An unforgettable evening. The French were requisitioned to bury what was left on the spot. We wondered what would come of it all, some thought that the British would be there in two days, it was only twenty kilometres to the coast; the Grand Hotel in Villers Bocage had even brought out the Union Jack flag on Wednesday morning, but they then pulled it back in very hurriedly.

Saturday 10th of June, another bombing on Villers, we decided to leave. We felt that the front was approaching, life in the town had come to a complete halt, and everybody stayed at home, to occupy themselves with household tasks. At home, the preparations for the loading up of the transport tricycle were nearly finished (spare linen, coffee, sugar, sheets). I continued to go to the Pottier’s to get some news. The Saturday, around 6 o’clock in the evening, the table was set for supper, like every evening I prepared to fetch the milk at Mister Baucher’s, a grocer shop on the road to Caen at the crossroads of Market Street. Mum had asked me also to get some cider from Mister Vignot, a café owner on the road to Saint Louet. At the moment I arrived at our shop door to go outside into the street, with my four litres in a metal basket, a violent explosion occurred, I turned heels straight away and returned into the kitchen, more explosions came and I saw the windows disintegrate; I saw the dishes on the table, brushed away like straw. I took refuge under the staircase, Mum with my little brother sheltered themselves behind a wall, and my Dad with my sister went behind another wall. Finally the explosions stopped. It was desolation, lots of dust, we inspected the house, the ground floor, then the first floor, no windows left and rocks and stones everywhere; In the street le people started to come outside; I heard a man on the place, who cried out asking for help with spades and pickaxes. With Dad we went towards where the cries came from, it was just behind our house on the road to Saint Louet, now actually at the same level as Mister Meuriot, le road was cut off by an enormous bomb crater. The house belonging to Mister Even, just nearby, was destroyed; the Even children, hidden under the barrels in the cellar were unscathed; They asked for spades and pickaxes to get them out. There was a German Volkswagen, with officers, which had sheltered under a chestnut tree, the tree was hashed up by the shrapnel, they got out covered with dust but unscathed. The Germans came to fill in the crater, as it was the road used to go towards the front at Juvigny sur Seulles and Tilly sur Seulles. After a short time we came back to the house to find Mum, my brother and sister. Dad decided to go and leave Villers to find refuge in the countryside that very evening. We decided to go to and rally the village of Gournay, near Villy Bocage where we had friends. The Saint Louet road was cut off and impracticable, so Dad decided to go to Anctoville, and the village of Biéville where other friends lived. Around eight o’clock with the tricycle transporter, we had left, we took Madame Hardy with us who’s husband was a prisoner in Germany. Another neighbour – Madame Huet a widow – was crying, she knew she could not travel because of her age and was so sorry; we however loved so much this granny; she was taken to the Chateau at Villers, and looked after by the Red Cross. We evacuated via the Rue Saint Martin, a street parallel to the main road which descended the town, direction towards Anctoville via the Villers mill house. We encountered our doctor, very surprised to see us quit Villers. We passed by the Haut de Saint Louet, and a little further along to the right of the plateau, leaflets came down from the sky dropped by an aircraft. The leaflets advised the local inhabitants to leave their homes and take refuge in the countryside, a sign of more bombings to come. During the evening, we had arrived at our friend’s house who welcomed us in their home in Biéville. After dinner, the mattresses were installed in the kitchen which was big enough, it was our first evacuation night, and what a night, in the morning bursts of cannon fire were heard, quite near to the house where we were, a German battery had been installed.

Sunday 11th of June, first stage. The first Sunday gone from our house during evacuation, what a change, we had to reorganise all the meals. During the morning Dad went back to Villers, the day before during the precipitation we forgot to empty the till in the grocery shop, as well as take the jewels, he came back on his bike. The people who had taken us in were lovely, Madame Eugénie and Mister Albert Letouzet, for us they were Eugénie and Albert. Albert was afraid of nothing, he was in the Corps Francs in 1940, he escaped on foot from Belgium to Normandy. He was Dad’s work colleague and friend; Biéville village had about ten homes, including Mister Lejardinier a farmer who was also the mayor of Anctoville.

Monday 12th of June, the British ! Always the sound of guns in the distance, the men dug a trench about four or five meters long to serve as a shelter; it was deep enough and covered with fagots with mud on top. The shelter was at one end of the house in a small apple orchard. In the village, it was quiet except for the shells ripping the air above our heads. The Germans sent a few bursts of shells, the British replied by doubling or multiplying their firing. The famous Albert told us a few things about warfare. The British were at Caumont l’Eventé, Livry, that means at about seven or eight kilometres from us. When we heard their gunfire starting, we immediately went to the shelter.

Tuesday 13th of June, violent combats between the British and Germans. The Tuesday morning, we woke up to good news, somebody announced that the British were on the road to Amayé sur Seulles, at only one kilometre from where we were. Albert and Dad went immediately to Amayé via Fossard. They took some cider, champagne, calvados and some eggs and flowers for the British soldiers. Indeed the British were there at Mister Bisson’s farm on the Caumont – Villers road. Us, the kids had orders to stay with the women at the house. All day there was the sound of canons and machine guns firing, they were fighting near Villers. In the village no British, nor any Germans, we thought we were to be liberated very soon. At Villers, there were still the firemen, the post office, the gendarmes and some inhabitants. The combats had gone on all day; at that moment, if we had gone with the British, we would have been liberated. By the evening on the 13th we slept in the trench, everybody together, it was a real ordeal for everyone, with the uninterrupted noise of the guns.

Wednesday 14th of June, the tanks facing us. Fighting carried on within our sector, after the night inside the trench everybody came back to the house. During the morning Dad and Albert decided to go to Villers despite the shooting; after half an hour, they came back and found themselves face to face with a German tank. A German officer with his gun in his hand, told them to go back, it was impossible to go to Villers, the SS were pushing back the British soldiers. During the evening, four German tanks came to settle right in front of the house. We had watched all their manoeuvring, the soldiers dug a trench in the ground under an apple tree, then they drove their tank over the hole and slept underneath it. No contact with the civilians; That evening the parents decided to sleep in the house; We were asleep when there came a knocking on the door; The Germans wanted to eat and sleep in the house, Albert showed the German everybody sleeping in the house on the kitchen floor, he did not insist and went to look elsewhere.

Thursday 15th of June, in the middle of the battle. So no liberation, the Germans had come back, their tanks went back towards Amayé sur Seulles during that morning; There was fighting around Amayé, the British retreated towards Livry passing via Briquessard, it crackled and banged everywhere. After the midday meal, Mum swept up in front of the house when suddenly a lost bullet came to lodge itself just above her head on the wooden door. We missed out on the liberation, seeing the British fold back we should have gone with them; We stayed with our friend Albert, we didn’t occupy the trench any more, but sometimes the Germans used it. Life went on, the men went off to get provisions; they went to get the bread from the farm at the Chateau of Amayé via the fields to Mister Piquenard’s home where he made bread in an old oven. The women stayed at the house, as did the children. Luckily, there were the chickens, the rabbits and the garden vegetables to feed everybody. The last week of June, still with the noise of the guns, we paid attention where it came from, but most of the time it passed over our heads. From time to time there were duels in the sky, “very interesting” entertainments, real aces those pilots. The Germans installed telephone lines through the fields and the hollow lanes, nothing good for us.

Friday 30th of June, the apocalypse at Villers. Clouds of smoke hung above Villers. In the village, on the other side of the road, Madame Costard was alone in her house, a small farmhouse. At the end of the courtyard, a little cottage was empty; very kindly, Madame Costard offered us the cottage. We immediately accepted and we moved in, this liberated somewhat Albert’s home. Madame Hardy came with us. The move wasn’t complicated, with the tricycle transporter and some cooking utensils. Everything was done in the fireplace, Madame Costard was a good Norman granny with her long skirt, her apron and her woollen cap. Every morning she made us pancakes for breakfast, we called it the 10 o’clock; how good they were her pancakes. A cloud of smoke stayed permanently above Villers and our house, was the grocer shop destroyed ? Dad had decided to go and see with Albert, I went with them, everything was quiet, at Haut Saint Louet, up the hill, a destroyed German tank, at the Villers Mill house around the bends, a soldier half buried covered in earth but his head and feet were above the ground. In the field behind, an aircraft was broken in half, the engine in the ditch and the wings and fuselage further down in the field, it was an American plane, and its pilot had been buried. As we arrived in Villers we encountered lots of debris of all sorts, British and Germans under a pile of stones. Our house was completely destroyed, all there was left was half a wall, and within the ruins our cat was still there, and alive. But it was impossible to approach her as she had become wild, I came sadly back to Anctoville without our cat.

Tuesday 4th of July, our first British soldiers are prisoners. We were nicely installed in our little cottage, without much comfort, but carefree, during the morning, all hell was let loose, the courtyard was invaded by the Germans who arrived from the main village of Anctoville, their machine-gun carrier had advanced up to Madame Costard’s front door. Four British soldiers got down from the armoured car, they were prisoners. From the back of the courtyard, we watched without approaching. The Germans searched the British soldiers, and did an inventory of their rucksacks, for about half an hour the British soldiers stayed in the courtyard being guarded by the German sentries. The British soldiers looked towards us now and again. These were the first British soldiers that I had ever seen, and they were prisoners. The Germans then locked up their prisoners inside Madame Costard’s cellar, with two guards beside the door. During the afternoon a truck came and took away our unfortunate English soldiers. We were very close to the front line, one morning in the courtyard we found a British beret, perhaps left there during a night patrol. And we were still hearing the same noise of the guns. We stayed eight days in the little cottage.

Thursday 6th of July, the Germans block the road. We started to get used to this war. That morning, Dad and Albert decided to go back to Villers, I was not invited this time. When Dad returned, he told us all about what happened. When they arrived at Villers, they found themselves under shellfire near the hospice, they sheltered themselves in a field behind the hospice (nowadays the sports stadium), they then went down towards the woods of Ecanet, where there were many German soldiers who repelled them away across the fields towards the Villers mill house, then they came back to Anctoville in the afternoon, saying that they wouldn’t go back again.

Friday 7th of July, a new evacuation order. I had noted that it was always on a Saturday that we had to leave. During the day on the 7th July, the Germans gave the order to evacuate all the civilians. Departure on the Saturday 8th July, we repacked the tricycle transporter, madame Hardy pushed a wheelbarrow, I was on the bike with all sorts of packages: shoes and various clothes. I wore as always the same brown corduroy shorts since the 6th June. The farmers prepared their big cart, Dad gave a box of sheets to Mister Lejardinier who proposed to take them on in exchange for a little sugar (we only had about twenty grams of powdered sugar); all these preparations were done the Friday afternoon. Saturday 8th July, off to the roads, on Saturday morning, everyone was assembled in the village of Biéville. The farmers with their carts loaded with all sorts of materials, the mules attached with the chickens. All the cattle stayed behind, except for the horses and donkeys which were used to pull the carts. Our friend Albert used a donkey to pull a little cart. The departure was to take place early in the morning, the route was drawn out by the German army and had to be respected. We were going up the hill towards Amayé sur Seulles after leaving Biéville. Barely a kilometre after the departure, at the intersection of Mister Barral’s farm, sudden artillery fire made everybody jump into the ditches at the side of the road on their bellies, the shells were falling upon Amayé sur Seulles and we were to go through that village to join the Caumont – Villers road ; we had to take a short cut to avoid Amayé. We traversed the Caumont road towards Tracy Bocage, then towards Maisoncelles Pelvey, we traversed the main Vire road to the village called La Poste. While in the village of La Poste, right in the middle of the crossroads an incident occurred, one of the carts had broken a spar, we had to clear away the cart, everybody was stopped for a quarter of an hour. Then to Maisoncelles Pelvey, up the hill to Bellisent and left to Longvillers then to the mill at La Capelle, we followed the Odon river valley, there were Germans everywhere in the woods. On the Aunay sur Odon – Caen road we went up towards Le Mesnil au Grain then to Courvaudon, and the plateau of Bonnemaison. Another incident, we were passed by some big German tanks who were going towards the front lines; one of Mister Piquenard’s horses was hooked by one of the tanks, the horse got a broken leg, they had to shoot him; he was replaced by a reserve horse. Above us, the double fuselaged planes (Mosquito fighters) reeled about in the sky. The planes were terribly effective, but seemed not to dare attack a refugee column near the tanks. Mister Lejardinier told Dad that he could not transport our laundry case any more, so he plonked it in a field on the spot. A good thing that there were still some good people with us, Mister Piquenard proposed to take it on his cart. Mum and Dad pushed the tricycle with Jacqueline and André, I pushed the bike. We traversed the Aunay – Thury Harcourt road. We passed through Valcongrain, Cauville, Saint Pierre la Vieille, and we descended towards Pontecoulant. We passed by some burnt out German trucks, the black bodies of the soldiers, were shrunken, carbonised, and their bones were yellow. It was frightful to look at, the trucks were still fuming. At Pontecoulant we continued towards Saint Germain du Crioult where a halt to have a meal was arranged. Around five o’clock we arrived at Saint Germain, everything was organised, the meals and the sleeping bags, we were in a big farm, we slept in a barn on the straw, everybody side by side, we did not sleep much.

Sunday 9th of July, at last we sleep in real bed. The weather was fine, everybody was outside, coffee, wash at the water pump; then, the whole column was off again towards Saint Pierre d’Entremont, it was a refugee transit centre, there were several of them. At Saint Pierre d’Entremont we left the column, Mister Piquenard gave us our laundry case. A few kilometres from there, was a small village: Clairefougère; we were born here, the parents were married, and my Mums brother lived in a farm. Our friend Albert and Madame Hardy came with us, we would find them accommodation somehow. Uncle Pierre and Irène were surprised to see us arrive, they also were worried about us, they asked a lot of questions about the D-Day landings. It is a big house, an oasis of peace and quiet, no canons and no machine guns firing, not even a plane in the sky. In the evening, we slept in a bed for the first time since the tenth of June, afterwards a good bowl of soup and a good dinner at the big farm table, Madame Hardy stayed with us, our friend Albert and Eugénie were in a small cottage next to the farmhouse.

Monday 10th of July, a quiet week. We savoured being back to a normal life at the farm, everybody was occupied with the daily farming tasks: the chickens and the rabbits to look after, was the job for the children. The adults did all the hard work. The farm was surrounded by an apple yard, the farm was situated in a small valley where flowed a river, and the main house was about 300 meters from the river, the washing was done on the riverside. In a wheat field above, a German fighter plane had made a forced landing, it had crashed on it’s belly, we went to see it. There was no military activity around us, the first week at our uncle and aunt’s house went very quietly. The men went fishing trout in the river; Dad had made some nets for fishing. A net with two sticks to search in and around the holes in the river, one day they brought back thirty five trout. No restrictions for the meals, I loved the smoked ham, which we unhooked from within the chimney.

Saturday 22nd of July, new departure. First week at Clairefougère, we did not have much news from the front in Normandy. The second week was more agitated, and other refugees arrived at the farm, my Mums sister with her husband and their two daughters; they came in a cart with a cow attached behind, she gave milk for the children. Our farm staff was growing, those people came from a small community called Pierres, situated between Vire and Vassy, that meant that the front line was approaching. We started to hear the rumble of guns again in the distance. The order for the evacuation from Clairefougères came, departure for the 22nd July. Decidedly Saturday was appropriate for evacuations. We again started to prepare our baggage. At the farm, we attached the horse to the cart loaded with mattresses. The tricycle was reloaded, it was a fine day, and we started off towards the south. We went towards Flers via the lanes. We were all in family, nearly all our family lived in the Orne department. We passed through Flers at midday, we had seen very few Germans. After Flers we took the road towards La Ferté Macé. On this route was the town of Messei, where another aunt lived and who held a bakery, a sister of my mother from the Turmel family. In the middle of the afternoon we arrived in Messei, we had left the column of refugees to be welcomed by the Turmel family. Unfortunately, the aunt could not take in all of us, which was composed of two wheat carts, plus auntie Louise’s cow which she would not abandon. After a good snack and projects discussed to be able to establish the program to follow, Edmond Turmel indicated a farm near Messei where we could stop.

Sunday 23rd of July, an American flying fortress crashes before us. There were some refugees who left for the countryside and found themselves next to German convoys. We had spent the night at the farm, in the outhouse. Now the gunfire approached closer, the aviation flew overhead non-stop, and the anti-aircraft guns fired incessantly. Around midday, a wave of bombers passed above the farm, the AA defences fired intensively and one of the bombers was hit. We saw it quit its formation, smoke came out of its rear end, and straight away we saw five or six parachutes open. The aircraft descended slowly, it passed over our heads, with a terrifying noise, the German soldiers, somewhat distraught, ran about not seeing a barbed wire fence, they fell down with their all equipment. The bomber flew around in circles, the pilots were looking for a place to crash land. They passed over head again even lower, a big grey mass falling towards us. Everybody was terrified, the animals, the horses, who were held by our uncles, I had never been so afraid. Anyway the bomber crash landed further away in a field, we have always thought that the pilots were trying to avoid the habitations. The shock was terrible, the aircraft was full of bombes. Immediately, on the road the German motorbikes looked for the American parachutes. After all that excitement everybody tried to get together again, that day we stayed on the spot. At the end of the afternoon, we walked back to the aunt’s place at Messei, the conversation spoke only about the famous bomber, some went to see, and there was a huge crater.

Monday 24th of July, provisions from the farms. Another departure towards the south, towards Briouze, the more we went south the more the gunfire was intense, the family stayed together, we were mixed up with unknown refugees. The fighter plane activity was intense. Two meals a day, one in the morning, the other in the evening; we looked for our food in the farms, potatoes and eggs, it was usually given free. We slept in the carts, during the night it was a permanent firework show with the flares, no way to sleep.

Tuesday 25th of July, The German rifle. That night, we had stopped out in the countryside in an apple yard, the carts were parked along a hedge. The aunt’s cow was still with us to give us some milk. That morning, some British fighter aircraft flew around our camp, another fright to come, especially as the Germans were everywhere. Rapidly, Albert and Dad asked for some white sheets, and some towels, anything, and we went into the middle of the meadow to wave them like white flags, to show that we were civilians. The planes went over an over us again then finally went away dipping their wings left and right ; that initiative might have avoided us a strafing.; we had found out afterwards, that the fighters had to finish off their ammunition before returning to their base. After this incident we prepared our departure. That day, had a little anecdote : in one of the apple trees there was a German rifle stuck on a branch, perhaps forgotten by a soldier during a raid; as he passed by, Dad took the rifle and hid it in the tricycle case inside the linen; that famous rifle went all the way back to Villers Bocage. That was something that could have got us all shot ! I never found out what happened to it afterwards. As always via the lanes we approached Mesnil de Briouze, as we had left around midday, we had travelled very few kilometres that afternoon. In the evening, we installed ourselves at a farm, we slept in a barn under a tin roof.

Thursday 27th of July, we are liberated by the Americans. That morning, there was violent artillery firing in our sector, it lasted all morning. The shrapnel fell onto the tin roof of the barn. One of my uncles protected himself under his mattress. Our aunt stayed outside with her cow, her two daughters sheltering nearby inside an empty barrel, as the lid had been taken off. Auntie Louise was capable of getting herself killed for her cow. The artillery firing went quiet around midday, someone told us that the Americans were nearby, we had left the British in the Calvados to find the Americans in the Orne. In fact, by the end of the afternoon, we came down a path through a meadow, and not far away from us there were some American soldiers along a road ditch, every soldier was in a slit trench, and so we were liberated. The first ever chewing gums for the kids and cigarettes for the adults. The next day, we came back to the meadow where the Americans were, while the parents prepared our return home. We had been liberated at Mesnil de Briouze by the American infantry, the Germans were trying to escape the Falaise pocket.

Saturday 29th of July, the piano under the apple trees. During our return, we stopped at our uncle and aunt’s at Messei, who by the way had never evacuated. After the little halt at Messei, we returned to Clairefougère, still with the carts and the cow. Before arriving at Flers, just by the railway crossing, on the Granville to Paris line, we encountered some people from Villers, the Pottier family, our neighbours from the Richard Lenoir place where I always went to get some news with my pal Paul Boutrois. During the evening we had arrived back to the Clairfougère farm, our friend Albert and his family returned to their nearby cottage. The cottage was almost transformed into a bunker, the shutters closed with fagots between the blinds and the windows, the kitchen in disorder, looked like a precipitated departure, the occupation army had come by there. In the orchard there was abandoned equipment, a piano almost new was there sitting under an apple tree. The uncle and aunt with the cow, stayed at Clairfougère for that night, to go back the next day to their home in Pierres.

Sunday 30th of July, the war debris. Sunday, big clean up, all the farmers of the community came back one after the other and started to look for their livestock. Life came back into the farms, for the environment there was a lot to do. In the field just above our farm a German artillery battery was stationed, we found the accessories belonging to the guns, cases of ammunition, shell casings, shells, and empty shell boxes. This explained a precipitated departure, the farm served as a shelter for the officers. No mine on the farm or in the area. Nearby was the Paris – Granville railway line, the American army was already repairing it. Life resumes at Villers Bocage. And the days went by, one morning we heard the sound of music coming from the road, we went straight away to that direction. Surprise, a group of British soldiers, bagpipes in the lead, marched slowly going towards a small nearby valley. They were there to do some rifle shooting exercises. And they went back playing their music, we were entitled to this divertissement for several days. At the end of the week, our friend Albert decided to go back to Anctoville as a forward scout. Madame Hardy went with them. We all stayed at the farm. We also had another aunt who lived in a farm at Montsecret a few kilometres from Clairefougère. Now and again we went to see her taking a short cut over the fields, and over the railway. On the railway line, there were American soldiers, we went to see them to obtain some chewing gum and cigarettes for Dad. The Americans were very generous, much more than the British. We also brought back bread and white rice. The first train convoys later on were full of German prisoners in open air wagons. At Montsecret station, the train slowed down, a good occasion for us to throw stones at the prisoners. At our aunt’s place in Montsecret there was a British regiment of artillery stationed at the farm, the big guns under the apple trees with their tractors. I knew this farm well because I spent my holidays here between 1940 and 1944. My aunt was alone at the farm because her husband had been taken prisoner. The work at the farm, for us the kids, was apple picking, every morning. The piano (in the apple yard) was our scapegoat, poor old thing, completely dislocated it was. The days went by, it was summer in the country. Then Dad decided to go back to Villers with the tricycle, I was to join him, Mum, stayed at the farm with my sister and brother. We left one morning, going via Moncy, Vassy, Danvou la Ferrière, Aunay sur Odon and Villers ; except for a few British soldiers, we did not see anyone on the road. By evening we had reached Anctoville, our friend Albert took us in. Most of the farmers had returned. The next day, we left the tricycle at Anctoville in our cottage at Mister Costard’s, and we started out early for Villers, our town was in ruines, only a few houses were still habitable, near the station and in the Rue Jeanne Bacon. We went to see our house, a mound of stones, afterwards we went to see our garden which was near the station, we past by Mister Robine’s house (the actual emplacement of Champion, (super market replaced recently by Carrefour). In the pathway towards the garden we found mattresses, kitchen utensils and other materiel, a sort of outdoor military camp. We recuperated some copper saucepans that we hid in the garden; but when we came back later, the saucepans had disappeared, the war was a good opportunity for robbers. After the visit to our garden – we went back into town, to see Mister Dublet, a house which still exists today opposite the old aged persons home. Mister Doublet who was mayor, had installed a sort of office in his cellar to receive the war disaster victims, and we registered ourselves as such. Around nine o’clock, we had to return to Clairefougère, on foot. Dad thought that we should do about 5 kilometres per hour, a prognosis planned between Villers and Aunay. We passed through Aunay, the town was completely destroyed, the only thing left standing was the church spire in the middle of the ruins. After, we went through Danvou la Ferrière, the village wasn’t destroyed, nobody on the road except a few military vehicles. Some places were marked by white ribbons which indicated that there were mines. We walked only on the road, and avoided even the verges. Around two o’clock, we stopped for a lunch, we were at the Chanatée crossroads near Estry, installed in a ditch where some British soldiers had stayed, as they had left some materiel, I recovered two canvas ammunition bandoliers and a briefcase. I still have one of the bandoliers in my cellar. After our lunch, direction to Vassy, a long way; I started to have sore feet, I took off my shoes and covered my feet with rags to protect the sores. The kilometre average diminished, on the plateau before Vassy, we found some British tanks all burnt out, after a quick inspection, we found that the bodies of the drivers were still in their seats. Five or six kilometres before Vassy, a cow cart pulled by a horse passed us then stopped, the farmer offered us a lift to Vassy, he didn’t have to repeat it twice. Vassy, a town not destroyed, the farmer dropped us off, he was taking another direction than ours. By foot we progressed towards Moncy, it was the end of the afternoon at Moncy, we carried on across field and via sunken lanes to arrive at Clairefougère completely exhausted. We stayed for a few more days at Clairefougères, enough time to organise our return. The aunt at Montsecret proposed us a horse and cart to go back home in. The family gave us some household utensils, as well as some bedding. So one morning, the cart was hitched up with its load and all our family left Clairefougère to return to Villers. My brother took the horses reins, it was a bit of an adventure. The journey went very well, we had a very courageous and docile horse. We took the same route: Moncy – Vassy – Danvou la Ferrière, mid afternoon we arrived at Aunay sur Odon in the middle of a British convoy. One of the soldiers of the military police stopped us, we had to wait until the convoy finished coming through the town. In addition, the military gave us a fine, because we had cut the convoy, we have always thought that he had defrauded us for money that he’d put in his own pocket. The journey stopped at Anctoville, at Biéville village, we took possession of our little cottage in Madame Costard’s courtyard. The next day, the horse had a well deserved meal. Then Dad went back to Clairefougère with the empty horse and cart to take it back to Aunty Denise. For us kids, the holidays continued, for the parents everything had to be reorganised. We often went to Villers, the first job was to clear up the rubble of the house, we recovered some plates, otherwise nothing. But we were all alive, and that was the main thing. We still also had the garage, route de Saint Louet, inside, was our car, a Citroen B2 which hadn’t been driven for four years. In front of the garage there was a pile of rubble stopping us to open it. We had to clear up the entrance with spades and pickaxes. Then with a horse we towed out the car passing over the rubble. The horse hitched in front of the car took it back to Anctoville, into Madame Costard’s courtyard. We had the intention to get it going again. After a good revision on the spark plugs and magneto, and much trying to push start by hand, we finally succeeded. First trip was to Caumont l’Eventé to do some shopping; Caumont did not suffer any bombings and there were a few shops open. The market at Villers seemed to start up again. All the inhabitants of Villers lived in the surrounding countryside. There were a few habitable houses near the railway station and in the Rue Jeanne Bacon. The grocery Laumonier installed itself within the Riviere factory; the bakers were in the countryside, they made the bread within the farm ovens. The problem to supply everybody was the most difficult task to resolve. One day at Anctoville, the parents received the visit of a representative from Caiffa who announced the arrival of a merchant truck within a few days. The truck was to come from Paris with food, kitchen equipment, hosiery and premiums. On market day, the parents installed their goods on the pavement opposite Mister Triboullard’s house; Later, with some recovered wood taken within the rubble, Dad made up a small makeshift shop inside Madame Tribouillard’s garden on the edge of the road. In the beginning we came to the market with the tricycle, only on the Wednesday morning, afterwards it was with the Citroen B2 on Wednesday and Saturday morning; everything was selling, we the kids, made shoelaces with British telephone wire, and also some little lamps. The administrations were back in place, the poste office at the Queue du Renard manor (Tracy Bocage), the gendarmerie was at Epinay sur Odon, the town hall in Villers Bocage at Mister Doublet’s, the doctors at the chateau with the hospice. There were some cases of typhoid caused by the water being polluted, and scabies spread amongst the children. I was infected the first, after my sister then my young brother, every day we had to drink a strong herbal tea made with dock root, not very effective. Afterwards we endured baths in a sulphur potion, completely nude in a tub, which was a treatment more effective, the war wasn’t finished, now and again there were columns of Americain convoys going through the road to Amayé, GMC’s with trailors, driven by black soldiers; the bridge on the Seulline had a job to resist with all that traffic. In January 1945, the school reopened with two classes in Villers and one in Epinay. Anctoville – Villers by foot every morning, with the billy can to be heated up at midday on the stove, and back home in the evening still by foot. When there was snow we left a little earlier in the afternoon. The classes, two barrack huts installed in a field belonging to Mister Bernouin, nowadays, the Richard Lenoir hall. Life came gradually back to normal. The Courriers Normands (local bus service) were installed on the Richard Lenoir place in a barrack hut. Mister Fessard lived there just opposite our old grocer shop; he had, by the way, adopted our little cat, a survivor of the bombing; She had lived in the rubble of our house during all these events; The first Christmas after the liberation was quite a sad one, the end of the war was approaching. We still had ration tickets, we got our bread from Haut de Saint Louet, at Mister Raoul Hebert’s farm where the baker Mister Fleury was established. Every evening, I went to fetch the milk at Madame Costard’s farm, her husband was still a prisoner in Germany.

The 8th of May 1945, the end of the war. The 8th May 1945, was the capitulation of Germany, a great joy for everyone, the evening in the village of Biéville, there was a party. Fires of joy, dancing to accordion music until the early morning, joy that we could not describe. The party continued the next day in Anctoville. Afterwards, there was the wait for the return of the prisoners and deportees; At Villers, only one deportee came back out of the six arrested, this was Madame Marguerite, the Villers town hall secretary, she survived for only one year. At Villers Bocage, there was a prison camp for Germans, it was them who de- mined the area. There were several accidents. Other than looking after his shop, Dad worked on the clearing up of rubble for individual people in the town (especially clearing up to recover peoples safes). Then we left our dwelling in Biéville to move to another house in Haut Saint Louet, a house which was owned by Mister Philips (tricoterie). That brought us one kilometre nearer to Villers. We had to resettle in, the house was bigger, kitchen, bedroom and cellar, plus a large loft. We met our new neighbours, Mister Tanquerel was the nearest. A little further away, the farm of André Pierre and Madame Leonard where we took the milk. We had tried to improve the habitat, it was a house that had been unoccupied for a long time. We papered the walls of the bedroom with British military maps, it was the fashion of the moment, finding no better, the glue was made with flour. Then one day Mum got sunstroke, the doctor Dary arrived from the chateau, medication and isolation in a dark room; I went to Caumont l’Eventé by bike to fetch the medication from the nearest chemist shop. At Villers a semblance of life came back. Some commercial huts were installed in the fields around the destroyed town (actually Rue Auguste Briard and on the boulevard going towards the station) One had to be registered at the town hall for the retribution of ten barrack huts (the old German showers) behind Mister Riviere’s factory. These were the first barrack huts built in Villers. The school year ended, I left school. Mister Lerebourg, the teacher, and Me. Levesque the solicitor came to see Dad, I was there. Their visit was to ask if I agreed going to work for Me. Levesque. My father refused, sustaining that I had to learn a manual job. The summer of 1945 was spent at Haut Saint Louet. Villers organised itself, with the cattle market at the place de la Gare. The Ozenne bakery built an Isba hut (all of wood) in Russian style, just next door to Mister Lecomte, actually (a beer dealer, on the site of the old patronage). Next door to Mister Ozenne was a provisional church made of a Roodney (a half barrel building of the British Army). All this was on the boulevard Joffre. Other commercial barrack huts were built in a field between the railway station and the old market place, actually Rue Auguste Briard. A large complex of wooden barrack huts were built in a field on the road to Caen, opposite the calvaire, actually the Jerusalem housing allotment, the complex was built for the workers of the Oncor (National Organisation of Cantonments for the Reconstruction Workers). The barrack huts were built by the government, like the canteens, the party hall etc., . . Later, these barrack huts were used as summer camps for the “little Parisians”. During the holidays, now and again, I worked at Mister Leonard’s farm, for small jobs. And during the holidays, Mister Lerebourg looked after my case, at the beginning of the school year I was to go to a school in Douvres la Deliverande, an apprentice centre for manual work. The day before my departure, I was invited to eat at Mister Pierre’s farm, Antoinette was thrilled. Then it was time to leave for Douvres with Dad, on the bikes frame, the same famous bike that did the evacuation. Forty kilometres on the frames top tube, with my wooden suitcase on the luggage rack. Dad dropped me off at the school, and went straight back to Villers, an unforgettable souvenir, the first time I left home. I didn’t go back home before the All Saints Day holidays.