

Les précédents numéros du Journal
de la bataille de Normandie
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Adresses utiles
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départemen-tal du tourisme du Calvados
Place du Canada - 14000 Caen Cedex 4 - France
tél : (33) 2 31 27 90 30
cdt14@cg14.fr
Comité
départemental du tourisme de la Manche
Maison du département - 50008 Saint-Lô Cedex
tél : (33) 2 33 05 98 70
manchetourisme@
cg50.fr
Comité
régional de tourisme de Normandie
Le Doyenné 14, rue Charles Corbeau
27000 Evreux
tél : (33) 2 32 33 79 00
normandy@imaginet.fr
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| Roger
Lecheminant avait 20 ans en 1944, ses parents possédaient une
ferme à Houesville dans la Manche. La débâcle
de 1940, l'occupation, la libération par les parachutistes
américains, et après... Il se souvient, comme si c'était
hier. |
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LE
DEPART DES ANGLAIS, L’ARRIVEE DES ALLEMANDS
En 1940, je me souviens des Anglais qui partaient pour embarquer
à Cherbourg. Ils ont fait sauter les ponts à Carentan,
et la marine de Cherbourg, avec ses canons, a bloqué les Allemands
pendant 24 heures. Mais un officier allemand est allé trouver
le maire de Carentan et lui a dit : « Si vous n’arrêtez
pas les tirs on fait sauter la ville ! » ; alors le maire est
parti avec un drapeau blanc pour dire à la marine de stopper
; le temps qu’ils fassent un détour, cela a permis aux
Anglais d’embarquer. De Carentan à Cherbourg je les ai
vu brûler tous les camions le long de la route pour que les
Allemands ne s’en servent pas. Quand les Allemands sont arrivés
on avait peur. Le premier que j’ai vu, c’était
un éclaireur en side-car, puis du matériel, des convois
sur des kilomètres, des camions et des charrettes avec des
chevaux. |
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L’OCCUPATION
La vie quotidienne
Avec les Allemands ça se passait pas trop mal, on s’occupait
pas d’eux, ils n’étaient pas si terribles que ça.
Ils réquisitionnaient les grandes maisons et les châteaux,
ils en occupaient la moitié. A Carentan ils avaient monté
des magasins.
« Requis » à Cherbourg
J’ai été réquisitionné - requis
- fin 1942, par la Todt, pour faire des blockhaus. Il fallait envoyer
deux jeunes par commune. On était 1200 ouvriers. Le travail
était dur, mais les français sont malins. |
Un
blockhaus du Mur de l'Atlantique en cours de ferraillage |
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Les
Allemands nous disaient : |
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«
Français grands filous ! ». Quand j’avais un décoffrage
de blockhaus et que je trouvais une planche pas trop lourde je la
gardais sur mon dos, je faisais le tour toute la journée avec.
Ils s’en apercevaient mais ne nous faisaient pas de représailles.
Les soldats allemands de la Todt étaient habillés en
uniforme jaune, avec la croix gammée ; ils étaient assez
gentils avec nous. Beaucoup parlaient français ; on discutait
et on rigolait quelquefois avec eux. Je couchais à Cherbourg,
à l’Hôtel Sud Amérique qui était
à côté de la montagne du Roule. Il y avait une
quarantaine de grands bâtiments, sans étage, réquisitionnés
par les Allemands. On était quarante par chambre, avec des
lits superposés. Une nuit, un bombardier est tombé dans
le jardin, je dormais, je n’ai rien entendu. Le lende-main matin,
il n’y avait plus personne dans la chambre. Les gars m’ont
dit :
« Tu n’as pas vu ce qui s’est passé, tu est
resté là ? un bombardier est tombé à moins
de vingt mètres du bâtiment ». Alors je me suis
dit que je n’allais pas rester là. Je suis parti dormir
à Carentan chez un de mes oncles ; je prenais le train pour
Cherbourg, on l'appelait le « trouillard ». Mais ça
bombardait tous les jours sur Cherbourg. Les Allemands fabriquaient
des V1 et les V2 sous la monta-gne du Roule, dans un tunnel qui faisait
plus d’un kilomètre de long. Les Améri-cains devaient
être renseignés, le 11 novembre 1942 ils ont balancé
des milliers de bombes pour détruire les installations. Je
me suis sauvé. Mais les Allemands ont été chercher
mon père, et l’ont pris en otage. Alors je suis retourné
à Cherbourg, je me suis présenté, ils m’ont
emmené à la Feldkommandantur. Je leur ai dit que j’avais
peur des bombardements. Ils ont relâché mon père.
La Feldkomman-dantur m’a fait signer un papier comme «
déserteur de l’armée allemande ». J’ai
été placé dans un camp de discipline à
Rouville-la-Bigot dans la Manche, et là, on coulait des blockhaus
jour et nuit. On chargeait du sable dans des wagonnets. On allait
à Cherbourg, du côté de la gare maritime, pour
couler un blockhaus ; pendant trois jours on a travaillé jour
et nuit. |
Le
marché noir
On était nourris : j’avais chaque jour 40 gr de beurre,
40 gr de saucisson et une demi boule de pain. Le soir on avait une
soupe de farine d’orge. Ils nous payaient ; on achetait des
fausses cartes de pain que les Belges nous vendaient, et avec ça
on avait droit à trois livres de pain dans les boulangeries
; ça me permettait d’avoir de la nourriture un peu meilleure.
J’avais droit à un paquet de cigarettes par semaine.
Je les revendais une par une, dix francs la cigarette, pour acheter
des tickets de pain. Les tickets de pain étaient beaucoup plus
cher que ne valait le pain, c’était |
Roger
Lecheminant en février 2004 |
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trois
à quatre fois le prix. C’était le marché
noir. |
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Mais on était mieux nourris à la maison, car on avait
une petite ferme, on cultivait beaucoup de légumes, on faisait
de l’élevage et on se débrouillait pour trouver
de la farine pour faire des galettes, on avait de tout. Ça
n’empêche pas qu’il fallait toujours se débrouiller,
on faisait des échanges. Les villes ont plus souffert de la
faim que nous ; tout le monde désertait les grandes villes
comme à Caen et Cherbourg. |
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(suite dans le magazine de mai ) |
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avril
- 2004
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