décembre- 2004

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Le Mag'44
Un autre magazine mensuel à visiter sur la Bataille de Normandie, celui du site :
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English version
Un soldat américain raconte sa guerre au quotidien, de l'enfer d'Omaha à celui de Hurtgen, dans les rangs de la Big Red One

John F. Mickey était américain, il avait 35 ans en 1944 et vivait dans le Michigan. Il s'engagea en septembre 1943, pensant qu'il pouvait être "utile" dans cette guerre. Au moment de son engagement il n'imaginait pas ce qui l'attendait : la séparation de ceux qu'on aime, l'horreur de la guerre, et même la faim et la soif. Tout au long des combats il prit des notes, et bien des années plus tard il entreprit de rédiger une soixantaine de feuillets. John F. Mickey est décédé en 1989. Avec l'autorisation de son fils, ce sont ses mé-moires qui sont retranscrites ici. C'est l'expé-rience d'un homme "ordinaire" qui croyait en certaines valeurs humaines, et qui les défendit, des plages de Normandie jusqu'à la forêt de Hurtgen, en Allemagne, où il fut blessé.
(Mémoires de John F. Mickey - 1944/1945) (merci à Stan)

Episode 11 : La France
"
Je ne le lui dit pas, mais je l’enviais d’avoir perdu ce bras, car cela lui permettrait de rentrer chez lui..." Par J. F. Mickey

Même les oiseaux fuyaient la guerre
On ne voyait pas de bétail vivant, rien que des carcasses de vaches et de veaux morts. Les bêtes qui restaient à l’abri survivaient, en général, aux bombardements. Je me souviens qu’on entendait aucun chant d’oiseau. Est-ce qu’ils s’enfuyaient avec les gens. Ces foules qui fuyaient la zone de guerre à la recherche d’endroits sûrs, dans de longs convois de carrioles et de chariots tirés par des chevaux ou par des bœufs, de landaus d’enfants poussés à la main, de bicyclettes chargées de bagages.
Un après-midi, alors que nous faisions une pause, une petite colombe brune se posa sur le genou d’un des gars. Il la prit, la caressa doucement et lui donna un morceau de biscuit sec. Quand on repartit, la colombe se laissa caresser par chacun d’entre nous et tout le monde put la tenir. Elle resta avec nous pendant trois jours ; parfois elle se perchait sur une épaule, un casque, ou un sac à dos. C’était le premier oiseau qu’on voyait et on se demandait combien de temps elle nous accompagnerait. Le matin suivant alors qu’on subissait le tir de l’artillerie allemande, la colombe s’est enfuie, on ne l’a plus revue ! Est-ce qu’elle s’était envolée vers l’ennemi pour être encore caressée?

Souhaiter une blessure
La peur d’être blessé par un éclat d’obus était toujours présente, mais à deux reprises j’ai envié les blessés. Un jour, il était près de midi, on était en terrain découvert ; on voyait très loin. Plusieurs d’entre nous étaient près d’un char. Le chef de char ouvrit la trappe et debout dans la tourelle il se mit à observer les environs à la jumelle. Des coups de feu furent tirés; le sergent fut touché, son bras droit

Des soldats américains accompagnent leurs camarades blessés

arraché avant qu’il ne s’effondre lui-même. Dennis, l’infirmier, était à côté; on l’a aidé à sortir le sergent du tank ; il était conscient alors que Dennis s’occupait de lui. Je lui soutenais la tête; il demanda une cigarette, j’en allumais une et lui mit entre les lèvres. Je ne le lui dit pas mais je l’enviais d’avoir perdu ce bras car cela lui permettrait de rentrer chez lui.
Une autre fois, on combattait l’ennemi, quand les Allemands brandirent un morceau d’étoffe blanche signalant qu’ils voulaient se rendre. On cessa le feu et un groupe apparut. Dennis, moi et un autre gars, on traversait la route poussiéreuse quand un tank allemand dévala la route vers nous ; il tira un coup qui toucha le troisième de notre groupe lui coupant presque le bras gauche, il s’évanouit. Dennis dit : « il faut que tu m’aides »; je soulevais le bras tandis qu’il coupait les ligaments.

(Photo ci-dessus : Conseil régional de Basse-Normandie/National Archives USA)

 
 


Jour J et Bataille de Normandie
La bibliographie sur le Jour J et la Bataille de Normandie est plétho-rique. Les ouvrages de synthèse sont moins nombreux. Le livre de Jean Quellien - profes-seur d'histoire à l'univer-sité de Caen - entre dans cette catégorie.



Le rôle de la Résistance, les souffrances de la population normande, et l'accueil réservé par cette même population à ses libérateurs, la lutte du général de Gaulle et de la France libre pour imposer sa légitimité face à l'Amgot (le gouvernement militaire transitoire que les Américains voulaient installer en France), et bien sûr les combats et les témoignages des soldats des deux camps, Jean Quellien aborde tous les aspects de cette phase décisive de la guerre. Il conclut avec quelques chiffres : les Allemands perdirent environ 400 000 soldats en Normandie (dont
54 000 morts), contre un peu plus de 200 000 pour les Alliés (dont
36 000 tués, il y eut également près de
20 000 morts parmi la population des cinq départements normands.
Jour J et Bataille de Normandie
23 euros - 300 pages - Editions du Mémorial de Caen - en vente en librairie