A
un moment, un type sauta du camion qui filmait et enregistrait
les combats, je lui dis que nous risquions d’être
capturés, et par précaution j’enterrais
mes effets personnels. Mais une douzaine de nos avions surgirent
et mitraillèrent le bois, les Allemands finirent par
lever un drapeau blanc pour se rendre. On leur dit de s’approcher
par groupes de cinquante. Dans le premier, il y avait un officier
médecin qui demanda à ce qu’on soigne
leurs blessés. Il repartit dans une Jeep avec une ambulance
équipée pour pratiquer de petites interventions.
Une équipe médicale s’occupa de nos blessés
et des leurs. Ils furent chargés dans des camions plate-forme
pour être emmenés au plus proche hôpital
de campagne. Le commandant me donna l’ordre de regrouper
les prisonniers afin de les fouiller. La tache m’occupa
jusqu’à la nuit tombante. Les Allemands transportaient
leurs morts et les allongeaient sur une dalle de béton
qui avait dû être le sol d’un bâtiment
détruit, il y en avait trente et un, seize des nôtres
avaient été tués. Chaque prisonnier devait
se mettre en maillot de corps, certains portaient une veste
ou un blouson, un major portait un lourd manteau de pluie.
On recherchait les armes et des souvenirs - quelques pistolets
Lüger déchargés. Certains firent main basse
sur des montres. Lorsque le major allemand voulut enlever
la sienne, je lui fis signe de la garder ; il fouilla
dans sa poche et en sortit une épaisse liasse de billets
français qu’il me tendit, les autres donnèrent
également leurs billets français; j’en
avais pour quatre mille dollars, j’en donnais la moitié
au capitaine. Lorsqu’ils furent tous rassemblés
dans un vaste entrepôt, on s’est installés
pour la nuit dans une maison au bord de la route.
La libération de Liège
Le matin
du 6 septembre, on approchait de Liège. On se forma
en quatre sections qui entrèrent par des rues différentes
pour couvrir toute la zone ; chacune était appuyée
par un char. On descendait une rue bordée par des maisons
de deux étages, l’ennemi nous accueillit par
des tirs. On s’est mis à couvert et en se déplaçant
de porte en porte, on entreprit de fouiller les bâtiments;
je me précipitais au deuxième étage d’une
maison, plusieurs familles y étaient rassemblées
et m’assurèrent qu’il n’y avait pas
d’Allemands dans le coin. Une femme me tendit un plateau
avec des gaufres, j’en pris quelque unes et poursuivit
mon chemin. Liège était une ville importante
de 100 000 habitants, mais il n’y avait personne dans
les rues, où étaient les gens ? On tourna
à gauche pour s’engager sur un pont ; la
ville était coupée en deux par la Meuse que
franchissaient six ponts en pierre. |