Juillet-août 2005

One of the Big Red One
Episode 18 : L'Allemagne - par John F. Mickey (suite)

A l’extérieur, on passa près du corps, je ramassais une enseigne pour la recouvrir. Il vit mon geste et m’en demanda la raison; je m’imaginais qu’en la recouvrant cela pouvait signifier un accident. A partir de ce moment, je sentis qu’il ne m’appréciait plus beaucoup. A trente cinq ans je pensais comme quelqu’un âgé de trente cinq ans. Il y avait des nuits où le capitaine parlait de moi en plaisantant : « écoutons le vieil homme ». Pour lui qui était âgé de vingt cinq ans comme pour la majorité des soldats, j’étais un vieil homme. Si je pouvais rencontrer la veuve du capitaine, je lui dirais qu’il avait été un bon soldat, et c’était la vérité. On est restés pendant plusieurs jours dans Aix-la-Chapelle, puis on est parti vers Stolberg.
Une cigarette lourde de conséquences
L’opposition était faible. Sur les routes on ne voyait aucun trafic civil nulle part ; de temps en temps, un véhicule ennemi, qui aurait mieux fait de ne pas être là. Il n’y avait ni moto, ni voiture, même dans les rues des grandes villes comme Liège. On se demandait si quelqu’un possédait une voiture. Seuls les véhicules militaires circulaient, plusieurs fois on a rencontré des convois allemands : tanks, camions, motos, charrettes tirés par des chevaux, entièrement détruits par nos avions en piqué sur deux kilomètres de long ; un char allemand, énorme, le plus gros qu’on ait jamais vu était déchenillé. Il y avait des voitures Volkswagen, les premières qu’on voyait. On était comme une bande de gosses, certains grimpaient dans le tank, d’autres conduisaient les Volkswagen. Un gars monta sur une moto et fit un tour avec. Il y avait des cadavres partout. Une neige humide tombait alors qu’on avançait en terrain découvert. On a établi un campe-ment quelques kilomètres à l’arrière, on se sentait en sécurité sachant qu’il n’y avait pas d’ennemi à proximité, mais nous restions vigilants pendant la nuit. Pendant mon tour de garde, je savais au bout de deux jours qu’après la récitation de trois rosaires, une heure s’était écoulée. La troisième nuit, il tombait une petite bruine, j’avais un imperméable et je m’arrêtais pour allumer une cigarette sous mon manteau. J’allumais mon briquet lorsque mon imperméable glissa ; peu de temps après un obus tomba et nous manqua, puis un autre, plus près cette fois. Je ne parlais à personne de cet incident qui faillit déclencher une catastrophe.

à suivre dans le numéro de septembre : Une grave erreur de notre aviation
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Yann Kermabon, de Rennes, dédie ce poème à Earnst Bates, un soldat américain, tombé le 20 décembre 1944 lors des combats de la campagne de France. Earnst Bates repose au cimetière de Colleville-sur-Mer dans le Calvados.
mai 2004 - yann-kermabon@voila.fr


Juste un nom...
à Earnst Bates
Un deux mai, je suis venu te voir tout doucement. Seul le sifflement des oiseaux venait agréablement perturber le lourd silence du lieu. Je marchais parmi les innombrables croix blanches et le temps splendide me culpabilisait de vivre.
Au hasard d'une croix, de l'un de tes infortunés camarades, j'ai compté jusqu'à vingt-trois, c'est le premier nombre qui me passa par la tête. J'avançais en diagonale et tu m'appelais. J'osais à peine effleurer le si joli marbre de Carrare des croix intemporelles.
Alors, j'ai mis un nom au mot " liberté ".
C'était toi. Il y a longtemps maintenant que tu reposes là parmi tes frères de souffrance. Tu étais venu de ton lointain Oregon natal défendre l'opprimé. Sans doute, ne connaissais-tu pas ce pays où la mort t'attendait ?
Tu reposes ici chez toi en terre américaine. Ta courte vie vaut mille fois les nôtres.
Tu pourrais être mon fils maintenant. J'ai retenu mes larmes comme l'intime un panneau à l'entrée de l'admirable nécropole.
J'ai déposé délicatement un brin de muguet que j'avais emporté, un brin dérisoire. Je songeais en fixant longuement ton nom gravé que le muguet est un porte-bonheur. Ce geste maladroit voulait pourtant dire tant. Tu n'as peut-être jamais connu le bonheur ici-bas, le bonheur d'aimer, d'aimer une femme peut-être et le bonheur plus fort encore d'être aimé.
Alors, j'ai mis un nom au mot " liberté ".
J'imagine ton visage juvénile, imberbe peut-être. Visage inconnu et pourtant si proche maintenant.
C'est toujours injuste de mourir à vingt ans. J'avais perdu un fils. J'imagine ta peur avant l'assaut quand le déferlement de haine s'abattit. Je ferme les yeux et j'entends au loin le tocsin.
Alors, j'ai mis un nom au mot " liberté ".

 
   
 


Le guide de la Bataille
Le site web de Normandie 44 la mémoire existe maintenant en guide de poche. Il est disponible en Maison de la presse et dans les musées de Normandie. On peut également le commander aux Editions Heimdal à Bayeux (Calvados)
tél : 02 31 51 68 68
240 pages 10 euros


Wiederstand Nest 62
Un livre de souvenirs de plus ? pas tout à fait, car l’homme qui parle est l’un des soldats allemands qui combatit dans le Wiederstand Nest 62, une position défensive qui eut un rôle tragique dans le bain de sang d’Omaha Beach.

Hein Severloh fut incorporé le 23 juillet 1942 à l’âge de 19 ans. Il connut le terrible hiver du front russe de 1941/42, puis arriva en Normandie à la fin de 1943. Vie de garnison, permis-sions et relations amicales avec la population, telle est la vie du soldat Severloh jusqu'au 6 juin 1944. Ce jour là il est confronté à un adversaire dont la puissance le dépasse. En tant que soldat il accomplit son devoir, en tant qu'homme il voulait sauver sa vie. Il lui faudra des années pour oser reparler de ces événements, puis beaucoup de temps encore pour admettre qu'il était responsable de la mort de nombreux jeunes soldats américains. Hein Severloh reviendra en Normandie, il rencontrera des Américains qui ont débarqué à Omaha Beach... C'est un témoignage rare sur un long et difficile travail de mémoire.
En vente en librairie ou à commander aux Editions Heimdal à Bayeux
tél : 02 31 51 68 68
160 pages, 18 euros,


Le Mag'44
Un autre magazine mensuel à visiter sur la Bataille de Normandie, celui du site :
www.debarque-ment-normandie.com

Sites touristiques :
Comité départemental du tourisme du Calvados
Comité départemental du tourisme de la Manche
Comité départemental
du tourisme de l'Orne


Sites historiques :
D-Day Normandie états des lieux
Juin 44 un vent de Liberté
Les fleurs de la mémoire


Sites pédagogiques :
France 5