On
cherchait toutes les cachettes de l’ennemi. Dans les
maisons abandonnées, on ne trouvait pas de nourriture.
Une fois je mis la main sur un sac de nourriture pour chat,
pas très comestible. Quand les gens quittaient leurs
maisons pour fuir les combats, ils emmenaient tout ce qu’ils
pouvaient : nourriture, couvertures, laissant tout le reste
derrière eux. Ils ne pouvaient emporter que l’indispensable.
Dans un convoi d’un kilomètre de long, on vit
des cages pleines de volaille et d’animaux de compagnie
; hommes, femmes, enfants entassés dans des chariots,
le bétail les suivaient lentement. Un homme poussait
un grand landau d’enfants en osier, dans lequel un
vieil homme maigre, incapable de marcher, était assis.
Personne ne mangeait dans la colonne. Quelques-uns décidaient
de ne pas partir et restaient dans leur village. C’est
là qu’on pouvait voir quelques poules ; souvent
on faisait une descente dans les poulaillers pour trouver
des œufs. Il n’y avait de potager nulle part,
les pelouses devant les maisons avaient été
transformées en carré de choux, c’était
mieux que rien.
Dans un village on cherchait un abri pour la nuit, on était
sur nos gardes. Les maisons avaient l’air abandonnées,
mais quatre d’entre nous décidèrent
d’aller jeter un œil. L’un des bâtiments
avait été bombardé, dans la cave il
y avait une jeune femme, deux enfants et les grands-parents.
Utilisant un dictionnaire anglais-allemand, on expliqua
à la femme qu’on allait passer la nuit ici.
Elle parlait un peu l’anglais, elle nous expliqua
que son mari avait été mobilisé et
qu’elle ignorait ce qu’il était devenu.
Je conseillais aux personnes âgées de dormir,
nous allions faire des tours de garde. Elle nous demanda
si on voulait du café chaud, c’était
du café d’orge, il était atroce mais
on l’a bu quand même. La cave avait trois pièces
avec des murs sales, le sol était couvert de planches.
Ils en avaient arrachées pour construire des lits.
Je m’allongeais sur une espèce de banc dans
une petite pièce, pour sommeiller une heure. A mon
réveil, je fus surpris de trouver près de
mois trois tranches de pain, je leur demandais s’il
l’avait cuit eux-mêmes, la femme me répondit
qu’elle l’avait sauvé de leur boulangerie
avant qu’elle ne soit bombardée. Je leur demandais
ce qu’ils pensaient d’Hitler, les personnes
âgées hurlèrent et la jeune femme me
dit qu’Hitler était fou, ils l’avaient
entendu à la radio. On a goûté au pain
et on en a emporté un peu en s’en allant, ils
avaient partagé avec nous le peu qu’ils possédaient.
Le couple âgé s’est mis à pleurer
quand nous sommes partis, ils devaient se sentir en sécurité
avec nous, je les rassurais, beaucoup d’autres Américains
allaient suivre après nous. On s’est bien reposé
cette nuit là, mais à l’aube on s’est
heurté à l’ennemi qui avait l’air
bien reposé, lui aussi.