Episode
25 : L'Allemagne
(suite)
Je me dirigeais vers ce jeune gars blessé, quand j’entendis
une voix appeler : « kamerad, kamerad !», je me tournais
vers la droite et je vis deux Allemands, debout, qui me surplombaient
comme s’ils étaient debout sur une butte. Je les
fixais en me demandant si j’étais encerclé,
la pensée jaillit - si j’étais capturé
serais-je torturé, est-ce que je supporterais un interrogatoire?
- Je me jetais à terre et roulais en bas d’une colline
jusqu’à ce que je heurte un arbre. Je me mis à
genoux et ouvrit le feu sur les Allemands, luttant pour sauver
ma peau et éviter la capture ; plutôt mourir que
d’être fait prisonnier. Puis le lieutenant Maumus
me rejoignit, je fus soulagé de savoir que le reste de
la compagnie était arrivé. Il me demanda ce qui
c’était passé; je lui répondis qu’on
s’était fait massacrer par les mitrailleuses dans
la pénombre de la forêt. Il me dit que notre artillerie
allait ouvrir le feu. Soudain les arbres éclatèrent,
l’artillerie visait bien, l’ennemi avait dû
se retirer. Quand je vis Dennis, l’infirmier, je lui signalais
le jeune gars qui hurlait, et il partit à sa recherche.
Des obus de mortier tombaient de temps à autre. La dernière
image inscrite dans ma mémoire, c’est l’obus
qui explose tout près de moi. Ensuite je me réveillais
à deux kilomètres de là, dans l’abri
du poste de secours que nous avions vu construire dans l’après-midi.
Je me remis à penser aux deux Allemands appelant «
kamerad ». Je ne cessais de me demander pourquoi ils n’avaient
pas essayé de me tuer, ils m’avaient vu les premiers;
je croyais me souvenir aussi qu’aucun n’était
armé ; est-ce qu’il voulaient se rendre, et est-ce
que je les avais tués? Je n’arrêtais pas d’y
repenser avec un sentiment de culpabilité que je n’avais
jamais ressenti jusqu’alors ; c’était une situation
inhabituelle, difficile à comprendre ; je priais pour que
les deux Allemands aient survécu. J’étais
à peu près sûr que s’ils avaient été
armés je ne serais pas là à écrire
ces lignes, mais grâce à Dieu …
A suivre dans le journal de juillet/août : Le retour
au pays
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