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"Hier
soir j’ai vu un film avec Errol Flynn"
29 septembre 1942
Chère Opale,
Il a fait très froid la nuit dernière,
j’avais deux couvertures et mon manteau pour avoir
chaud, Quand je me suis levé, j’étais
gelé. On mange bien, j’ai de l’appétit.
Hier une vingtaine d’hommes de la compagnie ont
été envoyés quelque part, ils n’ont
pas eu le temps de prévenir qui que ce soit.
Si cela m’arrive, promets-moi de m’attendre
même si tu ne reçois pas de lettre pendant
des mois. Tu m’as promis de m’attendre l’éternité.
Nous avons eu un couvre-feu de 19h45 à 20h45,
j’étais allongé dans le noir en
pensant à toi. Je t’imaginais dans une
magnifique robe verte, tu mettais une de nos chansons
préférées au phonographe, je tamisais
la lumière, tu venais t’asseoir près
de moi, je te serrais dans mes bras et je t’embrassais.
J’étais bien dans la pénombre.
Si tu me décevais, je crois que je ne pourrais
plus jamais aimer, mais je sais que tu ne me décevras
pas. Je penserai à toi ce soir à 20 heures.
Hier soir j’ai vu un film avec Errol Flynn «
Desperate journey », c’était excellent,
j’ai regretté que tu ne sois pas avec moi.
Ce matin j’ai installé des rideaux à
la fenêtre de ma chambre dans notre baraquement,
et je me suis que toi tu saurais comment la rendre plus
vivable.
Je t’ai dit que tu pouvais sortir et t’amuser,
tu m’as répondu que tu ne voulais sortir
qu‘avec moi, chérie c’était
ce que je voulais entendre.
Je me suis renseigné sur les chambres dans la
ville basse, c’était difficile mais j’ai
trouvé un petit nid douillet pour nous deux.
Un jour je devrai partir à la guerre, mais je
me bats pour des gens comme nous qui veulent se marier
et fonder une famille, vivre libre et en paix. Quand
la guerre sera terminée, nous aurons toute la
vie devant nous.
J’ai bien aimé la trace de tes lèvres
sur les lettres, je les ai embrassés et c’est
comme si c’était toi que j’embrassais.
Je pouvais presque goûter le rouge à lèvres,
chérie continue à mettre au moins un baiser
sur tes lettres.
Bien à toi Nicky.
A
suivre dans le journal de mai
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