(suite)
Épisode
5 : « La guerre,
j'en ai jusque là »
Jeudi
17 août 1944
... Il s'effondre dans le fauteuil de Madame A., repartie chez elle
pour soigner ses poules; il a l'air égaré et répète
avec mépris et haine « guerre, guerre » le seul
mot qu'il connaisse, semble-t-il, en français. Des camarades
le suivent, ils se passent les différentes bouteilles d'alcool,
prises probablement dans le buffet de la salle à manger,
et parlent à Pierre lui demandant quelques renseignements
sur le passage des Américains.
Ils sont de la Wehrmacht mais ils nous disent être encadrés
par des SS et tenir le Bourg avec de nombreux tanks. L'un d'eux
pense avec amertume que c'est aujourd'hui son anniversaire de mariage
: « un an! La guerre, j'en ai jusque là », et
le geste est éloquent. Puis il demande à Pierre une
cigarette américaine! Pierre lui fait ce plaisir; ce sera
peut-être la dernière. Les soldats du Reich ne semblent
pas pressés de retourner au combat, dont nous percevons toujours
les échos assez bruyants. Mais par le soupirail, un SS les
invite au départ, ils s'en vont. D'autres les remplacent
et les derniers arrivés, des SS, aux regards qui me font
peur demandent à Pierre de les laisser passer la nuit avec
nous. Ils commencent leur installation. Pierre leur fait remarquer
qu'il n'est pas correct que des soldats armés restent avec
des civils. Leur chef ricane et, devant son obstination, Pierre
lui dit notre désir de partir. Il nous l'interdit, mais affolée
du danger que représente leur présence près
de nous, je prépare le départ. Inutile, tout autour
de la maison les chenillettes évoluent, l'encerclant et nous
font de l'ombre en se plaçant devant les soupiraux. (à
suivre) |
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