Juin 1942, Birmingham, Alabama
Il n’était qu’un soldat, parmi les centaines qui arrivaient tous les jours des camps du Sud à Birmingham dans l’Alabama. Pourtant la rousse lui trouva du charme. Elle le suivit du regard alors qu’il venait de se lever du siège en cuir, il circulait entre les tables aux nappes rouges et blanches impeccables où étaient posées des bouteilles de Chianti gainées de paille, et se dirigeait vers elle.
Ses yeux noisettes clignèrent de curiosité et il esquissa un sourire. La rousse ne connaissait pas grand chose aux uniformes, mais elle remarqua le pantalon rentré dans les bottes et l’insigne, avec le parachute et les ailes d’argent, qui brillait sur sa poitrine.
« Hello beauté », lui dit-il avec un accent Yankee. Les soldats flirtaient souvent avec elle, mais celui-là avait l’air sincère, comme s’il l’avait cherchée et était heureux de l’avoir trouvée.
« Salut vous-même » répliqua-t-elle sur la défensive ainsi qu’elle avait appris à le faire en servant au café Roméo.
« Quel est votre prénom ? » demanda le soldat.
Elle le regarda droit dans les yeux : « Quel est votre prénom préféré ? ».
« Anne » répondit-il.
« Quelle chance c’est mon prénom !». Opale savait que la plupart ne cherchait qu’à se distraire, leur petite amie étant restée à la maison.
« Anne, je m’appelle Nicky Bonilla » dit-il.
« Bonjour Nicky !» lui lança-t-elle, toujours sur le même ton.
Son sourire s ‘agrandit, « Nicky ! j’aime la façon dont vous le prononcez, que diriez-vous de faire un tour ensemble après votre travail ? »
« Je suis désolée, j’ai un rendez-vous » dit-elle.
« Samedi prochain, peut-être ? ».
« Serez-vous encore à Birmingham samedi prochain ? ».
« Si vous m’accordez ce rendez-vous je serai là ».
« Très bien, à samedi prochain » conclua-t-elle, en se demandant s’il tiendrait parole.
Nicky fit un rictus et ses yeux brillèrent un peu plus, il remit sa casquette et sortit d’un pas décontracté.
Quand le parachutiste fut sorti, la blonde qui se tenait à côté de la rousse lui demanda : « Opale, pourquoi lui as-tu dit que ton prénom était Anne !».
« Evelyne, tu sais bien que je déteste mon prénom ».
« Pourtant, une opale est une pierre précieuse, et je trouve qu’il te va très bien ».
Avec sa chevelure rousse, ses yeux verts, son teint d’ivoire et quelques taches de rousseur sur le nez, Opale était très jolie.
« Mon prénom est démodé et campagnard, ma sœur ainée s’appelle Perle, mon autre sœur Dorothée a eu de la chance de pas être prénommée Rubis ».
Évelyne lui tapota le bras et lui dit : « Hum, quand une fille est aussi jolie et douce que toi, son prénom n’est pas si important, il faut que je retourne au service, M. Roméo me fusille du regard ! ».
Al Roméo vint trouver Opale dans la cuisine et la questionna : « Vas-tu donner ce rendez-vous à ce séduisant soldat, ou lui flanquer une douche froide ? ».
« Il ne manque pas d’audace », rétorqua-t-elle.
« Alfredo, dépêche-toi ! » hurla Madame Roméo de la cuisine.
   
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